Saint-Étienne, le 22 mai 2013, Art Media Agency (AMA).
OakOak est un Street artiste qui a pour démarche artistique de révéler l’espace et l’environnement dans lequel il intervient. Animé d’un désir d’ensoleiller le quotidien, l’artiste n’aspire pas uniquement à décorer sa ville, mais également à lui donner vie, afin de reconnecter les passants avec elle. Son art ne répond à aucune propriété esthétique, mais plus à un concept, celui de jouer avec les failles des rues et de détourner des objets empruntés au quotidien. Il agit sans provocation ni prise de position, mais bien dans une volonté d’adresser des clins d’œil aux passants. Art Média Agency a rencontré ce Street Artiste, entretien avec OakOak.
AMA : D’où venez-vous? Quel est votre parcours, avez-vous suivi une formation artistique ?
OakOak : Je suis originaire de Saint-Étienne. Je n’ai pas du tout suivi une formation artistique, je dirai même que c’est le contraire… Je suis donc autodidacte et je n’ai commencé à intervenir dans la rue qu’à partir de 2006.
Comment vous êtes vous tourné vers la pratique du Street art ?
Je crois que ça a commencé le jour où je me suis dit qu’en rajoutant des yeux et une bouche à une borne à incendie je pourrais la rendre bien plus sympathique et « l’humaniser ». Après, avec le temps j’ai essayé de trouver de nouvelles interventions à faire, de nouveaux détournements avec les éléments urbains que je trouvais.
Quels artistes appréciez-vous ?
J’aime beaucoup les artistes qui jouent avec l’espace urbain comme Varini, SPY ou encore Fra Biancoshock. Dans un registre différent, j’aime également des artistes comme Monsieur Chat, Ella et Pitr, Ghyslain Berholon. Et en plus classique j’aime beaucoup Modigliani ou Tamara de Lempicka.
Quelles sont vos inspirations ?
Beaucoup d’inspirations viennent de mon enfance et notamment des jeux vidéo des années 80 et 90, de l’humour de certaines séries comme les Simpson ou Futurama et bien sûr de la bande dessinée, par exemple Calvin et Hobbes.
Quelle est votre technique de création ?
Tout dépendra de l’intervention que je vais pratiquer. Je ne suis pas adepte d’une technique particulière, je fais en fonction de ce qui va le mieux pour chaque intervention. Il peut s’agir d’un pochoir si j’interviens au sol par exemple, d’un collage si c’est sur un mur… Je peux même me contenter d’un marqueur ou encore d’une craie lorsque je réalise une œuvre.
Créez-vous dans le cadre de manifestations publiques ou selon votre inspiration ?
Non je crée toujours seul. Je travaille de manière anonyme donc les manifestations publiques ne sont pas vraiment mon domaine de prédilection. Je me promène énormément dans les rues lorsque je visite une ville, toujours à regarder en bas et en haut, à guetter le moindre défaut, la particularité urbaine. C’est pourquoi j’aime voyager le plus possible et découvrir de nouvelles villes, car toutes ont une identité urbaine forte composée d’éléments différents. J’ai cependant, je l’avoue, une préférence pour les villes industrielles et portuaires, car elles sont toujours dotées d’un patrimoine architectural impressionnant.
Considérez-vous vos œuvres comme éphémères ou pérennes ?
Je les considère comme éphémères. Quelle que soit la technique utilisée, elles disparaîtront d’une manière ou d’une autre avec le temps. J’aime bien ce principe, et je trouve qu’il me force à être constamment dans le renouvellement, la proposition, afin de trouver de nouvelles choses à faire dans de nouveaux lieux. Le fait d’avoir créé mon blog me permet de garder une trace de mes œuvres, alors qu’elles ont disparu.
Avez-vous déjà été arrêté au cours de la réalisation d’une œuvre ? Cela influence-t-il la pratique ?
Pour l’instant jamais.. Une fois j’ai été surpris en Angleterre par un policier, en haut d’une échelle en train de réaliser un petit pochoir, mais il s’est contenté de me saluer. J’espère que ça se passera de la même manière en France…
Intervenez-vous de jour ou de nuit ?
J’essaie d’intervenir dans les moments où il y aura le moins de monde possible. Le soir ou très tôt le matin sont les meilleurs moments pour intervenir, en ce qui me concerne. Mais cela dépend des endroits. Par exemple, en Angleterre j’ai trouvé que c’était plus simple d’intervenir en pleine journée sans se cacher.
Cartographiez-vous les endroits où vous taguez ?
Non, je m’en souviens simplement.
Comment choisissez-vous vos lieux d’intervention ?
Je marche énormément, et à un moment donné si l’inspiration est là, je trouverai quelque chose à faire avec un élément de la rue. Ce qui est bien, c’est que je peux passer 30 fois devant quelque chose sans avoir d’idée, et un jour sans raison ce sera le déclic.
Quel est votre avis sur la scène du Street art, notamment en France ? Sur ses intervenants ?
C’est un phénomène qui est très à la mode et de fait, on trouve de tout; du bon comme du moins bon. Mais l’avantage de cette pratique réside dans le fait que les rues sont de plus en plus colorées et qu’à chaque coin de rue, on peut découvrir une œuvre. Je suis moins fan des immenses fresques que des petites interventions, mais ce n’est que mon humble opinion.
Voyez-vous un débouché commercial pour vos réalisations, hors du livre que vous avez publié ?
Les expositions d’œuvres ou de photos en galerie peuvent permettre certains gains. J’ai fait ma première exposition avec Lazarides (Banksy, JR, Invader) en Angleterre en 2012. Je suis également exposé chez Ophite (clet) à Paris (en détournant des panneaux de signalisation).
Est-ce quelque chose que vous recherchez ?
Je ne le recherche pas particulièrement, mais c’est un exercice très intéressant, nouveau pour moi qui suis plus habitué à la rue. Les expositions peuvent aussi permettre d’avoir quelques fonds pour acheter des fournitures, des bombes, feutres, etc…
L’anonymat est-il important à vos yeux, dans la pratique du Street Art ?
Pour les autres je ne sais pas, chacun fait bien comme il veut. Pour moi oui c’est important, ça me donne une liberté en plus, et me permet de bien séparer mon travail de mon activité artistique.