Miguel-Angel Sanchez : « j’essaie de construire une grande histoire à partir de petits personnages »

Paris, le 15 février 2012, Art Media Agency (AMA).

Le photographe Miguel-Angel Sanchez présente ses œuvres jusqu’au 25 février à la galerie Inception. L’exposition, intitulée « Alma del Mundo », rencontre un vif succès. L’artiste a répondu à quelques questions.

Art Media Agency : Vous avez réalisé 110 photos, dont 23 sont exposées à la galerie Inception. Considérez-vous l’ensemble de ce travail comme une seule œuvre d’art ?

Miguel-Angel Sanchez. : Oui, c’est même pour ça que ma femme et moi sommes venus au Caire. Nous avons lu tous les livres du prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz, et ils construisaient de grandes histoires à partir de petits personnages. J’essaie modestement de faire la même chose : choisir des personnages, pas nécessairement les plus nobles, mais les plus symboliques et intéressants pour construire une histoire du Caire. C’est également pour cela que l’exposition s’intitule « Alma del Mundo », l’âme du monde, pour marquer ce qui réunit toutes ces photos.

AMA : Sur quelle période ces photographies ont-elles été réalisées ?

MA.S : J’ai travaillé durant deux ans ; j’ai donc commencé bien avant le début de la révolution. Chaque photographie demande environ deux semaines pour choisir la lumière et le décor. Je connaissais la plupart de ces personnages avant de les prendre pour modèles. Je vis avec eux, je vais aux mariages, aux enterrements, je prends le thé avec eux. Je ne voulais pas simplement leur demander « tiens, viens chez moi, je vais te prendre en photo ».

AMA : Pourquoi avoir choisi cette mise en lumière pour vos photographies ? Quelle signification porte ce jeu de clair-obscur ?

MA.S. : C’est une étude très simple des peintures italienne et espagnole du XVIIe siècle. Il ne s’agit pas simplement de lumière, mais de faire apparaître, grâce à cette lumière, des « secrets » sur la photo, comme sur une carte au trésor. Cela ne fait pas longtemps que j’étudie ceci, je n’ai pas terminé ce travail. C’est assez difficile à rendre en photographie, bien sûr, ce n’est pas de la peinture, on ne peut pas faire ce qu’on veut.

AMA : Qu’est-ce qui a guidé vos choix entre photographie en pied ou plan plus serré ?

MA.S. : Cela dépend du personnage, du modèle. Pour Amm Rabia, le gardien du parc, il n’y a que son visage car j’ai voulu le représenter tel que je le voyais tous les jours, assis dans la rue et cherchant le soleil à travers les arbres. Je me concentre vraiment sur le modèle, le personnage, ce qu’il m’évoque, plutôt que sur le cadrage de la photographie pour lui-même.

AMA : Certaines de ces photographies sont manifestement influencées par le christianisme. Pourquoi ce choix ?

MA.S. : Cette influence est très importante pour moi. Comme le faisaient les peintres du XVIIe siècle, je l’utilise pour mêler le mythe et la réalité à l’aide de symboles. Mes modèles sont arabes, musulmans, coptes… je reprends des éléments de ces religions pour mettre en scène mes photographies. « The Mother of the World » représente une chanteuse du sud de l’Egypte, et je la mets en scène comme une madone, parce que pour moi elle est le pivot entre l’avant-révolution et pendant la révolution.