Un critique d’art dénonce la « bulle » Damien Hirst

Londres, le 4 avril 2012, Art Media Agency (AMA).

Julian Spalding, un ancien commissaire artistique reconverti dans l’écriture, a publié le 27 mars 2012, dans le quotidien britannique The Independent, un article polémique sur Damien Hirst, intitulé « Damien Hirst est la subprime du monde de l’art », dénonçant la bulle marchande autour de l’artiste et comparant ce phénomène au système des subprimes américain, que beaucoup d’économistes considèrent comme responsable de la crise économique depuis 2008.

« Si vous avez acheté des Hirsts, vendez avant qu’ils ne perdent leur valeur », continue l’article. Il tranche le débat sur la qualité artistique du travail de Damien Hirst ; pour lui, celui-ci n’est tout simplement pas un artiste, ses œuvres, notamment The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, n’ont aucun contenu artistique, quand bien même la foule affluerait pour voir la rétrospective présentée prochainement à la Tate Modern. Dépourvues de valeur artistique, les œuvres de Hirst, seraient, par conséquent, dépourvues de valeur financière.

Inventeur de l’expression « Con Art » — abréviation de conceptual art, de « to con » qui signifie « duper » ; cette expression est parfois traduite « artnaque » en français — Julian Spalding, rappelle sa conception de l’art, qui selon lui ne peut se contenter d’être un concept ou une projection d’idées et qui doit être une création.

Associant le requin de Damien Hirst aux readymades, Spalding écorne au passage Marcel Duchamp. S’appuyant sur une étude récente entendant prouver que l’urinoir de Duchamp n’était en fait, à l’origine, qu’une œuvre factice présentée par la baronne féministe Elsa von Freytag-Loringhoven, pour contester la domination masculine sur la société et que Duchamp lui-même ne s’était approprié l’idée que plus tard, il explique que la valeur de Damien Hirst s’effondrera, tout comme s’est effondrée par le passé, selon lui, la valeur d’artistes inspirés par l’« arnaque » de Duchamp.

Julian Spalding s’en prend également à l’idée selon laquelle « penser coûte moins cher que fabriquer », accusant les marchands, les commissaires, mais aussi les écoles d’art et leurs enseignants de répandre cette idée depuis un siècle. « Le vrai art est toujours positif, il nous donne quelque chose, le Con Art ne donne rien. C’est pourquoi vous seriez inspiré de vendre vos Hirst, si vous avez eu le malheur d’en avoir acquis. […] Ce que fait Damien Hirst n’a de valeur que si c’est de l’art. Or, ce n’en est pas. C’est la pure vérité. » conclut-il.

Né en 1947, Julian Spalding est diplômé du Notthingham Art College. Après avoir entamé sa carrière au musée de Leicester en Angleterre, il est nommé en 1989 directeur général des musées de Glasgow en Écosse. Après la suppression de son poste, il a passé un an à Copenhague en tant que chercheur, puis a parcouru le monde comme conseiller artistique, donnant de nombreuses conférences. Depuis 2001, il se consacre principalement à l’écriture.