Les nouvelles formes de mécénat culturel – conférence ADMICAL

Paris, le 5 juillet 2012, Art Media Agency (AMA)

Le 4 juillet 2012 s’est tenu la conférence à l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris sur le mécénat culturel, organisée par l’ADMICAL, carrefour du mécénat d’entreprise. Une table ronde était proposée sur les nouvelles formes de ce mécénat.

Cette conférence fut introduite par Bruno Levallois, président du conseil d’administration de l’IMA, lieu accueillant cette réunion. Selon lui, le mécénat constitue un enjeu clé pour tous les acteurs de la culture réunis. Il relève de l’intérêt général nécessaire. La menace qui pèse sur le mécénat doit être compensé par la force de tous les acteurs dans la capacité à travailler ensemble pour donner vie à un projet riche de sens. En ces temps de crise économique, la culture ne doit pas devenir un luxe, mais doit être créatrice de liens sociaux, car ses préoccupations ne sont pas superficielles, mais relèvent bien d’un enjeu artistique, économique et éducatif.
Bénédicte Menanteau déléguée générale d’Admical, a la volonté de réunir les acteurs de la culture et du mécénat culturel pour interroger ce qui était à l’origine de celui-ci. Elle insiste sur le fait que la ministre de la Culture soutient la défense du mécénat. Et rappelle que le cabinet ministériel a reporté la mise en place des mesures évoquées qui réduiraient la déduction fiscale. En lien avec le ministère, l’ADMICAL lutte pour un meilleur « cadrage et pas un rabotage du budget ». Toutes les institutions culturelles ont besoin du mécénat d’entreprise et les PME y ont de plus en plus recours. Le mécénat pallie à la réduction du budget et à la baisse du subventionnement public. De plus, il est aussi vecteur d’idées originales.
Une enquête menée par l’institut CSA, à la demande de l’ADMICAL, indique que le total du budget des entreprises est passé de 975 M€ à 375 M€ en 2010. Aujourd’hui, les entreprises semblent décidées à réinvestir le champ culturel. En 2012, le budget des entreprises était de 500 M€. On remarque que le soutien à la création est possible, cependant l’enjeu public remporte beaucoup d’aides. De plus, les structures de taille importante attirent massivement. Les acteurs culturels ont été amenés à repenser les formes de mécénat, vecteur de création et d’innovation, qui permettent à l’entreprise de se confronter à d’autres imaginaires et, qui renforce sa cohésion et son identité.

Quatre intervenants étaient présents pour présenter leur innovation, leur structure et leurs idées. À la question, où se situe l’innovation dans le mécénat culturel ? Khalila Hassouna, chargée du développement Atelier d’Art de France répond : « En septembre 2011, nous avons créé la fondation avec l’idée selon laquelle aucune autre fondation ne laissait véritablement place aux bénéficiaires, c’est à dire aux artisans d’art. Nous voulons, pour leur sauvegarde, promouvoir ces métiers d’art. Ces artisans sont eux même à la fondation du projet. Nous faisons réellement preuve de complémentarité : pas de social, pas de mécénat croisé, cependant notre démarche est d’observer les manques et de les combler. Les artisans d’art (217 savoirs-faire), traditionnellement peu soutenus par les pouvoirs publics, mais bien plus aidés par le privé, étaient tributaires d’aides réductrices en fonction de la limite d’âge par exemple. Nous avons mis en place un prix dont la dotation initiale est de 200.000 €. Cela permet le financement de la réalisation d’une œuvre d’exception et d’un accompagnement du lauréat durant 9 mois ». Alors que cette fondation, créée par des artisans pour servir des artisans, le conflit d’intérêts n’est-il pas risqué ? Selon Khalila Hassouna, Atelier d’art de France n’a pas besoin de la fondation pour commercialiser les artisans adhérents. De plus, les bénéficiaires du prix ne siègent évidemment pas au sein même du conseil d’administration. Alors que ces métiers ont été « ringardisés » par le design et instrumentalisés par l’industrie du luxe, le fil rouge de ce projet est celui de la modernité. Ateliers d’art de France doit lever des fonds auprès des entreprises pour monter des projets, cette fondation est donc à la fois distributrice et collectrice de fonds. Au total, huit mécènes permettent à la fondation d’exister (moitié entreprise, moitié particuliers). Ateliers d’Art de France est comme le « syndicat » représentant de ces savoirs-faires.

Gilbert Filinger, directeur de la maison de la culture d’Amiens, première institution de ce genre en France réunissant toutes les disciplines artistiques, joue un rôle de production, avec notamment le Festival de la création. Il a aussi créé un club des entreprises, réunissant 17 entités de secteurs différents. Comment a-t-il associé les entreprises ? Selon lui, l’approche de ces dernières se fait selon différents critères. Tout d’abord, la taille de l’agglomération d’Amiens permet le contact facile. Les entreprises se sont associées dès la première année de la création du projet de festival. En dehors des entreprises locales, les grandes fondations sont principalement liées à la jeune création posant la question de l’insertion et du public, elles ne favorisent pas l’aide au niveau de la création.
C’est sans doute Julien Carrel qui a eu l’idée la plus surprenante en associant deux concepts qui n’ont à priori pas grand-chose à voir, ci ce n’est l’engouement qu’elles suscitent. Les mondes du sport et de la culture sont tous les deux animés par la passion. Son projet est alors social et politique : faire rencontrer ces deux mondes. Il favorise et encourage la création contemporaine sur le thème du sport. Sa petite structure est tout de même à l’origine de 150 évènements qui impliquent acteurs culturels et sportifs. L’association « Entorse » conçoit des expositions spécifiques, et s’implique dans l’accompagnement du lieu de diffusion du  spectacle, ainsi que dans la mise en place d’ateliers mêlant artistes et sportifs. Cette double démarche relève d’une médiation culturelle envers le sport.
Elisabeth Hayes, directrice exécutive de FACE, nous donne un éclairage sur le fonctionnement du mécénat aux États-Unis. Cette association américaine « non-profit » est en partenariat avec les services culturels de l’ambassade de France aux États-Unis. Elle a pour but de promouvoir les arts de la scène, les arts visuels, l’éducation artistique et culturelle dans le secondaire, ainsi que la recherche universitaire. La plupart des fonds proviennent du soutien du gouvernement français, versés à l’ambassade. FACE recherche un soutien équivalent aux USA. Sur la totalité de l’argent donné en mécénat, tous secteurs confondus, 88 % provient de particuliers, 7 % de fondations et 5 % de sociétés. Les sociétés recherchent un retour, or ce projet ne permet pas cette « publicité ». La visibilité publique est une part non négligeable dans la contribution des sociétés. Aux États-Unis, la philanthropie personnelle est une part majeure du mécénat. Lors du festival organisé tous les deux ans, les entreprises répondent présentes, car il offre une grande visibilité publique.

La question des  contreparties nécessaires se pose alors.

Julien Carrel, explique la difficulté à fédérer les mécènes lorsque l’association n’a pas de lieu défini. Il insiste alors sur l’intérêt croisé : si l’événement nécessite un lieu, alors l’endroit même de l’exposition devient partenaire de l’événement. La visibilité en communication se fait sur différents supports. Il met l’accent sur la relation de mécénat, et ne souhaite pas encourager une logique de sponsoring qui implique des contre partis. Il souhaite échanger les valeurs communes d’implication et de solidarité et prône pour cela un mécénat de compétence.
Aux États-Unis, les contreparties sont importantes s’il s’agit d’une institution culturelle, et notamment avec un ensemble artistique résident. Une nouvelle initiative s’est mise en place outre-Atlantique : les grandes fondations soutenant des projets internationaux à l’étranger étaient rares, sauf si ces projets présentaient des artistes américains, or aujourd’hui FACE a reçu la confirmation que la Mellon Foundation fait un don de 750 M$ pour les arts de la scène, uniquement pour le soutien d’artistes américains. Cet argent est réservé à des institutions françaises soutenant la création contemporaine des artistes américains. Les projets, sélectionnés par le comité artistique de chaque secteur et composé de professionnels, sont à but non lucratif ce qui implique un statut spécial : les représentants des comités qui financent n’ont pas le droit de vote sur la sélection du projet. Aux États-Unis, la motivation première n’est pas la déduction fiscale, mais bien la passion qu’entretient le mécène avec ce qu’il défend. La déductibilité fiscale est un privilège offert par impôts, mais la tradition du soutien des autorités publiques est inexistante aux USA. Lorsque Elisabeth Hayes donne un conseil aux acteurs culturels français pour développer la philanthropie, elle cite la patience et la ténacité, indiquant aussi que les relations sont importantes à cultiver. Aux USA, si le conseil administration est non profit, la responsabilité financière est importante. Les dons sont soit directs et spontanés soit demandés et obtenus par une longue préparation en amont pour cibler intérêts de la personne à laquelle s’adresser.

Le dernier point évoqué sont les frais de fonctionnement. Pour Gilbert Fillinger, l’artistique, le rôle de production représente plus de 50 % du budget. L’argent des dons n’est absolument pas utilisé pour les frais annexes. Seules les recettes propres sont utilisées pour ces derniers. Le mécénat est dédié à l’activité même de la création. À la différence, l’association Entorse de Julien Carrel a négocié auprès des entreprises pour qu’elles acceptent qu’une partie de ce qu’elles donnent serve aux frais de fonctionnement. Ce soutien financier permet la coordination et la mise en place interne des projets,et ainsi aide au fonctionnement. Les frais de fonctionnement constituent une notion importante qui a cependant ses limites. Alors que l’association travaille pour les créateurs, il n’existe pas de distinction entre les frais de fonctionnement et les frais artistique : les moyens supplémentaires se fondent entre ces deux entités. Certains proposent alors la recherche de nouveau vocabulaire, d’une nouvelle façon d’aborder les mécènes en mettant en lien l’impact d’un événement et ses frais.

Pour conclure, le mécénat de la création a sa place dans les grosses structures qui fédèrent les entreprises, mais aussi dans les plus petites qui trouvent des innovations originales. Le mécénat croisé, ainsi que le mécénat de compétence constituent des solutions concrètes. Cependant, l’avenir du mécénat culturel se trouve dans l’émulation de la création, et la passion artistique. Les échanges permettent de créer collectivement du sens. La philanthropie reste un atout majeur à développer.