Entretien avec Daniel Richter

Paris, le 17 Juillet 2012, Art Media Agency (AMA).

Daniel Richter est connu comme l’un des plus importants artistes contemporains allemands. Ses peinture à l’huile grand-format font référence ─ souvent de manière codée ─ à des événements historiques ou d’actualité. Avant de s’orienter vers la peinture abstraite en 2000, Richter a créé des peintures abstraites contenant des univers intenses riches aux couleurs psychédéliques évoluant entre les graffitis et les ornements vrillés. Daniel Richter vit et travaille à Berlin, Hambourg et Vienne. Depuis 2006, il enseigne à l’Akademie der Bildenenden Künste à Vienne. Il a gagné plusieurs prix tels que le prix allemand Kunstpreis Finkenwerder, l’un des prix européens les plus dotés.

Du 4 au 28 juillet 2012, la galerie Thaddaeus Ropac expose la deuxième exposition solo de Daniel Richter. « Voyage, Voyage » est de plus, la première exposition monographique de l’artiste en France depuis plus de dix ans. Art Media Agency s’est entretenu avec le peintre pour en savoir plus sur son œuvre.

Art Media Agency : À l’âge de trente ans, vous avez décidé d’étudier la peinture. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision plutôt tardive.

Daniel Richter : Cette idée m’a parue des plus stupides mais je n’en avais pas d’autres.

AMA : Plus tôt cette année, vous avez guidé des visiteurs au sein de l’exposition Edvard Munch au Schirn Kunsthalle de Frankfort. Quelles sont vos relations avec Edvard Munch ?

DR : J’admire son travail qui m’a influencé. De plus, il y a d’abord eu l’opportunité d’être seul avec les œuvres et de provoquer différents malentendus alors que les spectateurs vous regardent.

AMA : Créer des malentendus parmi les visiteurs vous fascine?

DR : Je suis tout d’abord fasciné par mes propres malentendus.

AMA : Munch a-t-il également influencé votre travail?

DR : Oui. Aussi bien en ce qui concerne les monogrammes des peintures, les matériaux et figures. Toutefois, c’est psychologiquement que Munch m’a le plus influencé, via la légère paranoïa et l’incertitude qu’il tente de capturer.

AMA : Qu’est-ce qui vous a encouragé à passer de la peinture abstraite à la peinture figurative ?

DR : Je ne parvenais pas à peindre de façon abstraite et j’ai alors pensé qu’il se pourrait que je n’arrive pas à peindre de façon figurative. C’était un bon début.

AMA : Pour quelqu’un qui affirme ne pas savoir peindre, vos œuvres se vendent plutôt bien.

DR : Ce sont de bonnes œuvres. Du moins pour le moment. Qui sait de quoi demain sera fait ?

AMA : Quels sont vos nouveaux projets?

DR : Je vais probablement continuer à peindre. Là en ce moment, je veux terminer autre chose d’abord puis ensuite, j’y réfléchirai. Le fait est que tout se développe toujours à partir de ce que vous avez fait avant. Après cela, il y a toujours un procédé où vous vous rendez compte que contrôlez trop bien cela (ou alors, c’est « cela » qui exerce un contrôle trop fort sur vous). Je ne sais pas encore quel processus prédominera.

AMA : Vous créez des images vraiment tristes ainsi que des paysages apocalyptiques. Quelles sont vos intentions en faisant cela ?

DR : Je dois vous contredire. Je peins des tableaux très joyeux, contenant énormément de lumière et de gens marchant vers cette dernière.

AMA : Dans une interview récente avec le journal allemand Zeit, vous avez été surnommé le peintre des plus tristes peintures de toute l’Allemagne.

DR : Bien que cela soit faux, c’est le droit de la personne qui interprète les œuvres car ces dernières sont extrêmement complexes. Tout simplement, elles sont  les peintures les plus drôles justement parce qu’elles sont également les plus tristes.

AMA : Dans la série de documentaires « Mein Leben/ ma vie », vous dites qu’à travers la peinture, vous en avez appris beaucoup sur vous-même. Que voulez-vous dire exactement ?

DR: En ce qui me concerne, lorsque vous réalisez quelque chose que vous n’avez pas encore maîtrisé, il se déroule un long processus durant lequel vous n’êtes pas entièrement conscient de vous-même. Lorsque vous avez terminé ce processus, vous pouvez voir les peintures comme le produit de votre propre réflexion. Et quand vous regardez les œuvres et essayez de leur porter un regard autre que le vôtre, vous en apprenez plus sur votre façon de voir le monde. Cela ne fait qu’aiguiser et exprimer ce qui existe déjà. Il s’agit également d’un processus de renonciation, puisque vous créez quelque chose qui ne vous sert pas seulement en tant qu’œuvre d’art mais qui vous apprend quelque chose sur vous-même sur le plan psychologique : les souhaits, les désirs, les pensées. Mes peintures avaient beaucoup de choses à me dire. Je suis curieux de savoir ce que mes nouvelles œuvres m’apprendront sur moi-même. Je suis probablement une lavette larmoyante mais cela ne me pose pas problème.

AMA : Une lavette larmoyante? Vous venez de dire que vous étiez extrêmement drôle.

DR : C’est ce que vous avez cru ! J’ai menti ─ peut-être.

AMA : Vous êtes essentiellement connu pour vos peintures à l’huile grand format. Pour ces œuvres, la nouvelle galerie Ropac à Pantin avec ses salles mesurant entre sept et douze mètres de haut sera idéale. Prévoyez-vous déjà d’y exposer vos œuvres ?

DR: Non, rien n’est encore prévu. Je n’y ai jamais été. J’ai juste vu la maquette. Cette galerie a l’air vraiment spacieuse. Je ne possède pas de studio où réaliser des peintures de cette taille. En ce qui concerne la taille, mes peintures ne peuvent pas dépasser deux ou trois mètres de hauteur.