George Town, le 29 octobre 2012, Art Media Agency (AMA).
Artemundi Global Fund, un fonds d’investissement dédié à l’art, annonce à travers un récent communiqué de presse la mort prochaine des maisons de ventes, Christie’s et Sotheby’s en tête. Le progrès rattrape ces poids lourds des enchères et il semblerait qu’elles ne puissent rien y faire.
En effet, l’industrie de l’art est en pleine évolution et les maisons de vente sont laissées de côté. Artemundi Global Fund les décrit comme étant des anachronismes, maintenues artificiellement par traditionalisme. Elles représentent d’anciens protocoles, d’anciennes façons de fonctionner et de mettre en relation un acheteur et un vendeur. La révolution technologique met à mal de nombreuses entreprises établies, tous secteurs confondus, et l’industrie de l’art n’est pas épargnée. Pour Artemundi, les maisons de ventes — un intermédiaire beaucoup trop cher réclamant des commissions d’au moins 25 % — sont en train de « creuser leurs propres tombes ». Comme Internet tue la presse papier, Internet tue les maisons de vente. Elles sont en passe de devenir des reliques du passé, et ce ne sera ni la première ni la dernière fois que cela se produira.
Certes, certains pourraient contredire les affirmations d’Artemundi Global Fund en s’appuyant sur les chiffres d’affaires réalisés récemment par les maisons de vente : elles continuent d’engranger des sommes considérables. Toutefois, le fonds d’investissement déclare qu’en les analysant dans leur ensemble, à une échelle globale on constate alors que ces résultats — a priori stables — ont été soutenus par des ventes non viables. Les résultats sont « truqués » par des ventes records. Artemundi prend l’exemple de la vente de L’homme qui marche de Giacometti pour 104 millions de dollars, ainsi que celle de The Scream de Munch pour 119 millions de dollars. Selon eux, si le contexte économique avait été plus sain alors ces records n’auraient jamais été atteints. On parle ici « d’objets de passions » ou de « trophées » achetés par de riches collectionneurs qui ne reflètent aucunement l’état global du marché de l’art. Ainsi, Artprice indique que 58 % du chiffre d’affaires total du marché de l’art en 2011 ne correspond qu’à 1 % des lots, ces fameux « trophées » souffrant de l’inflation. Seulement 1.680 lots auraient été vendus au-dessus du million de dollars, sur 36,8 millions de transactions dans le monde : un chiffre minime.
Pour Artemundi Global Fund, l’avenir du marché de l’art peut dès aujourd’hui être connu. Les fonds d’investissement gagnent en envergure : valeur et nombre en perpétuelle hausse. Depuis les années 1970, ils se sont développés au point de devenir des institutions organisées. Ils travaillent en synergie avec tous les acteurs du marché de l’art, ce que les maisons de ventes ne savent pas faire. Par ailleurs, il est clair que les ventes d’œuvres d’art sur Internet sont en train de modifier la structure même du marché de l’art, surtout qu’il s’agit d’un phénomène de plus en plus courant. Internet fournit aussi un accès à un très grand nombre d’informations permettant la création d’un environnement transparent et compétitif ; tant de facteurs contre lesquels les maisons de vente ne peuvent pas lutter.
Les maisons de vente ne savent pas ou plus ce qui est nécessaire, elles sont aveuglées par l’autopréservation. Cela ne les rend pas dignes de confiance en matière d’évaluation des œuvres d’art. La question qu’Artemundi veut donc que l’on se pose est la suivante : combien de temps reste-t-il réellement aux maisons de vente traditionnelles ? Elles appartiennent à un passé sans Internet ni ordinateur. Elles étaient, certes, des lieux importants où se rencontraient acheteurs et vendeurs, mais cela est révolu. Ces intermédiaires n’ont plus aucune chance face à cette nouvelle façon de fonctionner — où les commissions, par exemple, approcheront les zéros. À l’avenir, l’industrie du marché de l’art ressemblera plus à New York Stock Exchange qu’à eBay ou Amazon, mais cela est déjà un grand changement.