La société Artnet réduite à 703,000 $ (570,000 €) de trésorerie : la chute est-elle irréversible ?

New York, le 22 novembre 2012, Art Media Agency (AMA).

Cela ne fait aucun doute : « gachi» est bien le seul mot capable de décrire ce qu’ont pu ressentir les actionnaires de la société allemande Artnet AG, fondée par Hans Neuenforf, en voyant que le montant (6,40 € par action) proposé au moment de l’OPA hostile d’août-septembre 2012 est maintenant presque divisé par deux avec un cours actuel à 3,65 € deux mois plus tard. La société d’origine russe, basée au Luxembourg, Redline Capital Management SA, qui avait mené l’OPA hostile avait dû renoncer le 28 septembre 2012, car les actionnaires d’Artnet estimaient que l’offre était trop basse, entraînant une série de conséquences dramatiques pour la société qui ne peut compter aujourd’hui que sur 703.000 $ (570.000 €) de trésorerie, une déficit continue et une gouvernance incertaine.

Artnet, plate-forme d’achat, de vente et de recherche d’œuvres d’art en ligne est connue, ou était connue comme l’un des plus vastes réseaux artistiques du Web, comptabilisant 2.200 galeries, plus de 166.000 œuvres d’art et couvrant – grâce à la base de donnée de résultats – plus de quatre millions de résultats de ventes aux enchères de plus de 188.000 artistes, des maîtres anciens aux artistes les plus contemporains. Cependant, ces chiffres sont maintenant bien loin de la réalité. D’après le rapport présenté par le CEO, l’ouragan Sandy et l’OPA hostile menée par Redline ont été les principaux facteurs de la crise dans laquelle la société s’est enfoncée. Ainsi Artnet a chuté de 874.000 € de profits sur les trois premiers trimestres de l’année 2011 à seulement 11.000 € pour ceux l’année 2012.

D’autres causes sont les difficultés que rencontrent la base de données de prix – du fait de l’augmentation de résultats d’enchères gratuits – et le déclin des pages galeries, dont le nombre de membres semble avoir touché le fond : le nombre de galeries payantes a été réduit de moitié ces dernières années (atteignant à peine 1.700 alors qu’elles étaient encore 2.000 au trimestre précédent). Même les enchères en ligne, qui ont longtemps été présentées comme le principal relais de croissance de la société, ont généré près d’un million de dollars (781.000 €) de perte sur les 1,8 millions (1.405.000 €) de chiffre d’affairse réalisés lors des trois premiers trimestres de l’année 2012.

Toute la question est de savoir si le problème est réversible. Le bilan financier du troisième trimestre révèle qu’aucune mesure de restriction n’avait été prise pour sauver ce qui pouvait encore l’être, causant une dégradation financière qui ne laisse rien d’autre que le sentiment d’être face à un problème insoluble. Pour Artnet, il est clair qu’une renaissance doit passer par l’investissement, mais la société est tombée beaucoup trop bas pour avoir encore cet espoir. Pour se concentrer sur les enchères en ligne, Artnet avait décidé d’immobiliser en 2011 et 2012 respectivement 400.000 $ (312.000 €) et 800.000 $ (624.000 €), mais ces immobilisations ne pouvaient être suffisantes dans ce secteur extrêmement compétitif des enchères en ligne : les nouveaux challengers que sont Art.sy et Paddle8 investissent par exemple chaque trimestre davantage qu’Artnet en neuf mois.

Même une stratégie de reprise à moyen-long terme — dans l’idée de parvenir à une éventuelle renaissance — semble impossible. Les créanciers et éventuels investisseurs sont désormais méfiants quant à la situation financière et la dégradation de la société. Au prix actuel des actions (3,90 €), une augmentation du capital ne garantirait à la société que 22 M€ de valorisation pré-money et Neuendorf, qui contrôle aujourd’hui 26% de la société, se trouverait encore plus désarmé face à une nouvelle OPA l’année prochaine.

En ces temps tourmentés, il est plus que jamais important pour la société de maintenir de bonnes relations avec ses actionnaires (seule une minorité d’entre eux a montré de l’exaspération et menacé d’un recours en justice), d’obtenir de nouveaux capitaux par n’importe quel moyen, et d’entreprendre un plan de restructuration drastique afin d’assurer la relance. Il n’y a maintenant plus aucune marge de manœuvre alors qu’il ne reste plus que 703.000 $ (570.000 €) en banque, soit moins d’un mois de dépenses courantes.