Art dealer, un métier d’avenir?

Paris, le 30 janvier 2013, Art Media Agency (AMA).

Les ventes d’art font régulièrement la une de l’actualité, mais si nous dépassons l’euphorie provoquée par les sommes records annoncées, il est intéressant de regarder de plus près qui sont les ouvriers de ce business ? Avec plus de 400.000 commerces, galeries ou maisons de ventes à travers le monde, le marché de l’art emploie environ 2,4 millions de personnes, dont 400.000 de manière indirecte. À une période où le marché du travail est dans une situation compliquée en Occident, intéressons-nous au détail de l’emploi généré par le marché de l’art qui réalise annuellement plus de 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
En 2011 dans le monde, 575.000 personnes travaillaient dans les maisons de ventes (25 %) et 1,4 million dans des galeries (60,9 %). Mais les maisons de ventes, moins nombreuses, ont des chiffres d’affaires (49 %) bien plus importants que les galeries (51 %), en raison notamment des ventes médiatiques réalisées chaque année par les quelques établissements qui se partagent cette manne.
Ce marché, qui est rarement sous la lumière des projecteurs, est dans une période de transition, le centre de gravité se déplaçant vers la Chine. Mais faisons un état des lieux : qui sont les salariés de l’art ? Où sont-ils et combien sont-ils ?

Quels profils pour les professionnels ? Après avoir précisé les effectifs des professionnels du commerce de l’art, il est nécessaire d’entrer dans le détail. Qui sont les hommes et femmes qui travaillent dans ce secteur ?
Le ratio hommes/femmes est similaire aux autres secteurs d’activité. La part d’hommes est légèrement plus importante dans les galeries, mais les femmes sont plus nombreuses dans les maisons de ventes. Au total en Europe, les femmes constituent 46 % des effectifs des entreprises du secteur (46,5 % aux USA), mais sont sur-représentées dans les maisons de ventes les plus importantes (56 %).
Le niveau d’éducation est supérieur à celui constaté dans l’ensemble de la population des pays développés. En Europe, 48 % des actifs dans le secteur culturel ont un bac +3, contre 26 % de la population totale. Dans les plus grosses maisons de ventes, le taux d’employés titulaires d’un diplôme universitaire est de 77 %, ce qui s’explique aussi par l’importance des postes liés aux métiers du droit et de la finance.
Le taux de temps plein dans les métiers du commerce de l’art est légèrement inférieur au niveau tous secteurs confondus. 76 % des acteurs du secteur travaillent à temps plein, mais ce chiffre cache de fortes disparités. En effet, les grandes maisons de ventes avaient un taux d’emploi à temps plein de 87 %, alors que dans les petites structures, ce chiffre est d’environ 60 %.

L’art, mais pour quoi faire ? Le marché de l’art intègre des individus issus de multiples formations.
L’histoire de l’art, le droit, la fiscalité, le marketing, les chemins à suivre pour y devenir un acteur sont variés. Parmi ces professions citons l’antiquaire qui est un historien de l’art de formation, le commissaire-priseur, spécialiste du droit, le courtier, également historien de l’art et qui joue le rôle d’intermédiaire, le critique d’art qui est un expert exerçant en général le métier d’enseignant, journaliste ou conservateur et évidemment les galeristes, consultants, etc.
Ajoutés à cela les emplois indirects générés par la vente d’art et qui concernent environ 400.000 personnes. Parmi ces emplois, une majorité se situe dans les services, en particulier pour du marketing, de la restauration d’œuvres, l’organisation des foires et enfin pour le transport.
Malgré la relative bonne santé de cette activité, les emplois qui lui sont liés ne représentent aujourd’hui en France que 0,18 % du total des actifs.

L’art, des petites entreprises qui forment un grand marché. Une enquête menée en 2010 par Arts Economics constatait qu’une grande majorité des entreprises du secteur étaient des PME (petites ou moyennes entreprises : moins de 50M€ CA par an) et pouvaient même être qualifiées de « micro-entreprises » (CA annuel inférieur à 2M€). En effet, au niveau mondial, seulement 4 % des entreprises exerçant dans le commerce de l’art déclaraient un chiffre d’affaires de plus de 10 M€ et 1 % de plus de 50 M€. Si l’on s’intéresse au nombre d’employés par entreprises, d’après l’enquête, 21 % des vendeurs sont des entrepreneurs individuels et 26 % ont juste un unique salarié. Quant à l’évolution de l’emploi, 77 % des marchands ont déclaré n’avoir pas réduit le nombre de salariés dans leur entreprise, malgré la crise commencée en 2009. Et 20 % ont même déclaré avoir augmenté leur nombre d’employés.
Mais les vendeurs disent n’avoir que très peu de marge de manœuvre, les dépenses liées au personnel représentant une part importante dans le coût de fonctionnement des petites structures.

Galeries, maisons de ventes, un marché segmenté. Il est important de distinguer l’activité des galeristes, de celle des maisons de ventes aux enchères, la finalité est la même, vendre de l’art, mais les moyens utilisés sont différents et les résultats également. Les plus importantes maisons ont des effectifs très importants, c’est le cas de Christie’s (1900) et Sotheby’s (1300), alors que la moyenne pour le reste des établissements est de 23 salariés.
Les entreprises du secteur de l’art sont en majorité de petites structures et les différences en terme de salaires sont aussi très importantes. La rémunération moyenne dans les maisons de ventes est supérieure de plus de 50 % aux traitements reçus par les employés de galeries. En effet, un employé dans une galerie pourra recevoir entre 15.000 et 45.000 euros par an (soit en moyenne 30.000 €/an) alors qu’une maison de ventes offrira une rémunération allant de 18.000 à 81.000 euros annuels (soit en moyenne 50.000 €/an).
La part de l’emploi des galeries et maisons de ventes parmi l’ensemble des entreprises du secteur est globalement identique entre les États-Unis et l’Europe. En Europe 69 % des salariés du secteur travaillent dans des galeries, soit 31 % dans des maisons de ventes et aux États-Unis, 72 % de l’emploi est occupé par les galeries et 28 % dans les maisons de ventes aux enchères.
La situation de la Chine est totalement différente : 95 % des salariés travaillent dans des galeries et donc uniquement 5 % de l’emploi dans le secteur du commerce de l’art est occupé par les maisons de ventes. La croissance du marché chinois ayant atteint 803 % en 2011, la validité de ces données est précaire et ce marché en pleine mutation est encore rempli d’incertitudes.

De la différence entre valeur et volume. Les places qui sont importantes sur ce marché sont peu nombreuses. Mais l’art, langage universel par excellence, n’a pas de frontières, c’est bien connu. En ce qui concerne le volume d’emploi, les États-Unis et l’Europe, qui gardent une place confortable sur ce terrain-là, emploient respectivement 285.520 et 298.500 personnes dans les métiers du commerce de l’art. Mais la croissance économique chinoise, qui permet un rattrapage dans de nombreux secteurs, amène aussi le nombre de salariés à augmenter dans cette branche pour s’établir à 147.950. D’après le rapport 2011 publié par Artprice (Art Market Trends), la Chine qui représentait en 2006 5 % du marché mondial de l’art en valeur, est encore le premier marché avec 41,4 % du chiffre d’affaires mondial devant les États-Unis, dont la part diminue encore pour s’établir à 23,5 %. Suit le Royaume-Uni qui capte 19,3 % du chiffre d’affaires. Mais les trois gros marchés, américains, chinois et européens, qui réalisent plus de 85 % de l’activité en valeur, ne représentent qu’un tiers de l’emploi mondial dans le commerce de l’art. Les très fortes différences en terme de prix de vente des œuvres expliquent cet écart. Les zones qui se répartissent moins de 15 % des revenus liés à la vente d’art ont également un marché important, mais le pouvoir d’achat étant plus faible dans ces pays, les œuvres vendues impactent peu le marché mondial, mais totalisent tout de même près de 1,5 million d’emplois.

En Europe, Londres et Paris restent les deux places qui concentrent le plus d’emplois. En effet, avec 61.120 salariés dans la capitale anglaise et 48.370 à Paris ces deux villes sont les seules à peser au niveau mondial. Mais la structure de l’activité est par ailleurs très différente : en France, 70 % des salariés opèrent dans des galeries, tandis qu’au Royaume-Uni le marché est plutôt équilibré avec 47 % de l’emploi dans les galeries.

En France, les entreprises ont des volumes d’activité répartis très inégalement entre les secteurs. Sur un total de 13.505 entreprises exerçant comme activité principale le commerce de l’art, les 1.770 entreprises qui vendent des œuvres d’art contemporain dégagent un chiffre d’affaires total moyen de 315.000 € par an. Mais les 9.425 autres qui vendent des objets d’art, antiquités et meubles anciens, n’ont un chiffre d’affaires total moyen que de 142.000 € par an. Ces chiffres indiquent que le marché est divisé en deux catégories, les vendeurs d’art contemporain et les autres. Le dynamisme de l’art contemporain, en parti lié à son rôle de valeur refuge, cache des situations très inégales parmi les professionnels.
Sur le total de 1.770 entreprises qui sont spécialisées dans la vente d’art contemporain, seulement 81 emploient plus de 81 salariés, et 785 n’en ont aucun. Le marché français, qui a vu sa part mondiale passer de 40 % en 1990 à moins de 5 % aujourd’hui, réalisait en 2009 un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros et se plaçait donc à la 4e place au niveau mondial.