Comment développer une foire d’art : entretien avec Andy Hei, fondateur de Fine Art Asia

Hong Kong, le 21 août 2013, Art Media Agency (AMA).

Alors que le marché asiatique a connu une croissance continue lors des dix dernières années, Andy Hei, fondateur de Fine Art Asia, qui se tient du 4 au 7 octobre 2013, revient sur la naissance de cet événement, et nous livre son point de vue sur le développement du marché asiatique, et en particulier hongkongais. Entretien avec Andy Hei.

Comment s’est fait le lancement de Fine Art Asia ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer cette foire ?
J’ai fondé la foire en 2006. C’était une expérience totalement différente de ce que j’ai pu faire par le passé en tant qu’antiquaire. Je dirige et organise désormais la foire, mais je suis réellement parti de rien.

Je représente la seconde génération d’une famille d’antiquaire à Hong Kong. J’ai d’abord travaillé avec mon père en 1987, alors que j’avais juste 17 ans. Cela semble désormais vraiment jeune, mais à cette époque c’était quelque chose de normal pour une famille chinoise d’antiquaires. J’ai appris énormément de mon père en ce qui concerne le commerce, et à cette période de sa carrière, il avait d’importantes relations avec les marchands occidentaux qui vendaient de l’art occidental. Cela m’a permis de travailler en relation avec ces marchands — principalement à New York. En 1998, j’ai découvert une foire d’art à New York pour la première fois, en assistant à l’International Antiques and Fine Art — une manifestation qui se tient toujours en octobre dans l’Upper East Side.

Ce monde de événementiel artistique m’a inspiré. L’année suivant, en 1999, l’organisateur de l’International Antiques and Fine Art a mis en place l’Asian Art Fair, une foire dédiée à l’Art Asiatique, qui s’est tenue au printemps à New York. Elle a cependant été fermée en 2007 ou 2008. C’était la première foire importante que j’ai connue, parce qu’environ  90 % des importants marchands d’art d’Asie de l’Ouest ont participé à l’événement à l’époque. J’ai eu la chance de rencontrer et échanger avec ces marchands à cette occasion. J’ai alors beaucoup appris, sur la façon d’exploiter une galerie d’antiquités, ou comment faire du commerce d’antiquités en Occident, ainsi que l’ensemble du processus d’organisation d’une foire.

Quelles sont vos responsabilités principales en tant que directeur ?
En tant que créateur de la foire, je dois toujours générer de nouvelles idées, et gérer les invitations des galeries et marchands. Je m’occupe également de la décoration et de la mise en place de la manifestation, et travaille avec nos partenaires et l’équipe pour mettre en place la campagne de communication. Aujourd’hui, je pense que c’est très important de suivre les tendances — nous devons suivre de près le marché et tenir compte des avis des participants.

Lorsque j’ai commencé, par exemple, la foire était purement chinoise, même si des galeries originaires de Londres, New York, Hong Kong et Taiwan participaient. Ces galeries se concentraient uniquement sur les antiquités chinoises. Lorsque nous avons déménagé dans notre nouvelle salle, nous avons essayé d’ajouter de nouveaux éléments, tels que la peinture occidentale, les meubles, le mobilier design et de l’art décoratif. Aujourd’hui, moins de 40 % des participants présentent de l’art Chinois. Il y a beaucoup de variété, nous mettons l’accent sur les idées et les tendances du marché.

Qu’est ce qui fait le succès d’une foire ?
Il y  a trois éléments basiques : le timing, le lieu, et les visiteurs.

Hong Kong est un marché totalement libre — il n’y a ni impôts ni taxes — il n’y a vraiment aucune restriction à l’importation d’objets d’art ou d’art. C’est un environnement idéal pour ceux qui cherchent à investir dans l’art. Il n’y a pas beaucoup de marchés comme celui-ci dans le monde. Les taxes qui sont en vigueur à Londres et New York repoussent certaines personnes.

En ce qui concerne les visiteurs, quel est votre public ?
Bien sûr, quand je parle du marché, je fais principalement référence au marché chinois. Dès le début, environ 50 % de notre public était originaire de Chine continentale. 10 % de nos visiteurs ont également une provenance assez locale, venant entre autres de Taiwan, tandis qu’une autre part d’environ 10 % vient d’Asie du Sud-Est, et du reste du monde occidental. Les gens voyagent pour venir nous voir, mais notre public est majoritairement asiatique.

Pourquoi avez-vous décidé d’organiser la foire en octobre ?
Nous sommes dans le secteur depuis de longues années maintenant, et nous savons parfaitement comment l’année est organisée. Autour de janvier, le Nouvel An chinois me pousse à fermer ma galerie pendant deux semaines, avant que la saison commence. Pour l’art asiatique, la saison commence vraiment fin de mars à New York, avec des ventes aux enchères et des expositions d’art asiatique. Viennent ensuite les ventes de printemps à Hong Kong, Art Basel Hong Kong, et différentes foires.

Après, certaines personnes choisissent d’aller à Londres pour les ventes aux enchères, ou à Masterpiece Art and Antiques, qui se tient en juin. Actuellement, nous sommes dans les vacances d’été, rien ne se passe vraiment ! Mais en septembre, les ventes aux enchères reprennent à New York, avant la période où il se passe beaucoup de choses à Hong Kong, en octobre. C’est dans ce mois que la fête nationale chinoise — ce que nous appelons « Golden Week » — a lieu, et cela permet d’augmenter de manière importante le nombre de visiteurs chinois que Fine Art Asia accueille.

Quels ont été les changements et développements du marché hongkongais depuis le lancement de Fine Art Asia en 2006 ?
Quand j’ai commencé en 2006, il y avait deux autres salons d’antiquités à Hong Kong, qui ont tous deux fermé au bout de deux ans. À cette époque, le marché chinois n’était pas mûr. Beaucoup de choses ont changée lorsque la Chine s’est ouverte en 1979 : les marchands d’art de Hong Kong ont commencé à acheter de plus en plus en Chine afin d’exporter en Occident. C’est une tendance qui s’est poursuivie jusqu’en 1997, lorsque les marchands d’Hong Kong ont trouvé des choses en Occident, et ont commencé à les ramener à Hong Kong. L’art contemporain est également devenu plus populaire dans les années 1990, et Hong Kong a joué un rôle important dans ce développement. Maintenant, l’art et la culture font partie du quotidien des habitants de Hong Kong.

Le marché chinois a considérablement augmenté, et je pense que, lorsque nous parlons de mondialisation, nous ne parlons pas seulement de l’économie, mais également d’art et de culture. C’est ce qui se passe actuellement, avec Internet qui a changé nos vies, ne change pas seulement notre quotidien, mais également la manière d’échanger entre les cultures et de travailler.

Le site Internet de Fine Art Asia décrit l’événement comme «  un pont pour les galeries internationales, qui souhaitent exposer le travail de leurs artistes dans la région. »  Quelles sont vos relations avec les autres centres d’art important tels New York et Londres ? Voyez-vous la foire comme une plateforme d’échanges pour les galeries internationales ?
Oui. Je me suis créé un réseau avec des marchands new-yorkais et londoniens, lorsque j’ai commencé à travailler dans les foires d’art, et certains de ces galeristes ou marchands ont fait partie des premières personnes que j’ai recrutées pour Fine Art Asia en 2006. J’ai trouvé qu’ils avaient des méthodes de marketing efficaces, et étaient doués pour la promotion de leurs travaux. À ce moment-là, de nombreux marchands à Kong Kong étaient très conservateurs, ils ne voulaient même pas faire de la publicité dans les magazines, ce qui était très différent de ceux qui travaillaient avec les marchés de Londres et New York. Cette expérience m’a aidé à développer Fine Art Asia.

Comment communiquez-vous ?
Je pense que la meilleure promotion est de parler de ce que nous faisons. Lorsque je voyage à l’étranger,  je parle à différents médias — tels AMA ! — et leur explique ce qui se passe à Hong Kong et en Chine. La connaissance des marchés Asiatiques et Occidentaux est vraiment vitale, et je suis capable de communiquer en Occident à propos de nos projets. Je suis aussi chanceux d’avoir aussi bien l’expérience de collectionner et de diriger une foire, et j’ai commencé cela jeune. Vous devez commencer jeune pour avoir cette énergie de mettre les choses ensembles.

Comment se passe la cohabitation avec les autres foires, telles Asia Contemporary Art et Art Basel Hong Kong ? Vous rendez-vous dans les autres foires ? Qu’est-ce qui rend Fine Art Asia différente des autres ?
Art Basel est l’une des plus grandes marques de la foire d’art dans le monde — un peu comme la TEFAF à Maastricht, même si celle-ci mélange de l’ancien, du moderne et du contemporain, alors que Bâle est purement contemporain. Fine Art Asia est un peu comme la TEFAF. Nous avons maintenu un nombre de cent exposants depuis nos débuts il y a cinq ans, et nous nous concentrons vraiment sur ​​la qualité de nos expositions, plutôt que sur l’expansion — contrairement à d’autres événements asiatiques. Notre travail est vraiment de qualité. En général, toutefois, il est positif d’avoir deux grands salons dans la ville chaque année : cela permet aux gens de parler d’art, et contribue à la place de la ville comme plaque tournante du marché de l’art.

Vous travaillez avec le Département de Fine Arts de la Chinese University of Hong Kong et la Hong Kong Art School. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail avec eux ? Est-ce que Fine Art Asia a pour objectif de soutenir activement les artistes émergents de la région ?
Je pense que les jeunes artistes, ou les jeunes qui veulent s’impliquer dans le marché de l’art, ont besoin de plus d’opportunité d’acquérir de l’expérience. C’est une idée qui m’est venue en 2006. Lorsque je travaillais avec mon père dans les années 1980, nous parlions à des étudiants en art régulièrement, et les avons initiés au mobilier et aux céramiques. C’est important d’échanger avec les jeunes — et, évidemment, j’étais alors également jeune ! — mais j’ai par la suite vu que beaucoup n’avaient pas poursuivi leurs carrières dans l’art. C’est une grande perte pour le secteur, mais c’est très difficile pour les artistes qui ne sont pas encore établis de trouver des lieux d’exposition, ou de mettre en pratique ce qu’ils ont appris lors de leur cursus. J’ai alors décidé de travailler avec le département Fine Art de la Chine Fine Arts University. Je connaissais la direction de l’école, et elle avait beaucoup d’expérience en Occident, et était très ouverte d’esprit. Chaque année, Fine Art Asia consacre un espace d’exposition aux étudiants, dans lequel ils peuvent exposer leurs travaux. Pour nombre d’entre eux  il s’agit d’une première expérience dans le monde de l’art, et un aperçu de ce qu’ils pourraient faire dans le futur.

Comment espérez-vous développer la foire à l’avenir? Espérez-vous augmenter sa taille à Hong Kong, ou aimeriez-vous vous développer dans d’autres pays?
Dès le début, nous espérions devenir un événement international. Maintenant, autour de 60 à 70 % de nos exposants sont occidentaux, et nous proposons des œuvres occidentales, ce qui est quelque chose que nous souhaitons vraiment développer. Nous continuons également à mettre l’accent sur la qualité et le limitons la taille de la foire de sorte que le nombre d’exposants reste environ entre 80 et 100. C’est assez rare en Chine, où les foires d’art sont généralement énormes  — dans une approche qui me semble diminuer la qualité.

Et, tandis que j’espère encore entreprendre des projets à Hong Kong, nous assurons toujours notre promotion à l’étranger. Cette année, par exemple, nous avions un stand dédié à des œuvres d’artistes originaires de Hong Kong au salon Masterpiece London.

Comment avez-vous décidé ce que vous présenteriez sur ce stand ?
C’était difficile, mais nous nous sommes concentrés sur la relation entre le Royaume-Uni et Hong Kong. En tant qu’ancienne colonie britannique,  il y a toujours eu une connexion entre les villes. Nous avons essayé de mettre en avant des artistes basés à Hong Kong ou des galeries qui avaient un lien avec l’Occident.

Vous avez votre galerie Andy Hei Ltd sur Hollywood Road depuis 1999, qui est spécialisée dans les meubles classiques chinois. Comment choisissez-vous les pièces que vous proposez dans votre galerie ? Est-il difficile de gérer cette galerie à côté de Fine Art Asia ?
Cela demande énormément de travail. Comme je vous l’ai dit, je suis la seconde génération d’une famille de marchands d’antiquités chinoises, et j’ai une façon très différente de gérer mes entreprises. Les antiquaires traditionnels chinois ont tendance à ne pas tenir compte de l’agencement de leur galerie ou de leur espace, et empilent simplement les pièces ensemble et attendent que les gens entrent dans leur local. Ils ne font pas de promotion, ne communiquent pas dans les médias. J’ai une approche totalement différente. J’essaie de présenter mon espace comme une galerie d’art moderne, et fait régulièrement cohabiter deux expositions. Hollywood Road a une image démodée, mais les choses changent, la route attire une nouvelle génération de marchands, qui mettent l’accent sur l’interaction avec le client.

Vous êtes un collectionneur vous-même. Avez-vous une œuvre favorite ou des artistes préférés?
Malheureusement, avec le mobilier chinois que j’aime, il n’y a aucune trace de l’artisan. Mais je collectionne aussi les peintures chinoises — les peintures à l’encre chinoises en particulier. Mon peintre chinois favori est Shilu, qui est souvent décrit comme le Van Gogh chinois. Il a été actif de 1960 à 1980, ce que j’appelle le bon vieux temps ! C’est en effet la période pendant laquelle j’ai commencé à travailler dans l’entreprise et que cette dernière a commencé à croître.