Archive du tag 'Ai Weiwei'

Exposition majeure consacrée à Ai Weiwei au Martin Gropius Bau

Berlin, le 14 avril 2014, Art Media Agency (AMA).

« Evidence », la plus grande exposition monographique jamais consacrée à Ai Weiwei se tient du 3 avril au 7 juillet 2014 au Martin Gropius Bau de Berlin. Elle explore trois décennies de création de l’artiste dissident chinois, toujours assigné à résidence à Pékin.

Répartie sur plus de 3000 mètres carrés et 18 salles, l’exposition présente des œuvres et des installations spécialement créées pour le musée ou qui n’ont encore jamais été montrées en Allemagne. Son titre, « Evidence », est une allusion aux preuves présentées devant les tribunaux dans les séries criminelles de la télévision américaine. Cette exposition, qu’Ai Weiwei a conçue comme un manifeste politique, a été imaginée par l’artiste dans son atelier de Pékin.

De nombreuses installations monumentales sont exposées parmi lesquelles Stools, constituée d’un ensemble de 6.000 tabourets en bois datant des dynasties Ming, Quing et d’époque républicaine rassemblés sous l’atrium du Martin Gropius Bau et Very Yao, un assemblage de 150 bicyclettes suspendues qui fait référence au procès d’un jeune résident de Pékin arrêté pour avoir utilisé un vélo non réglementaire et qui fut par la suite accusé de meurtre.

Des personnalités du monde de l’art regroupées sous le nom « Les amis d’Ai Weiwei » ont interpellé la chancelière allemande Angela Merkel afin qu’elle intercède auprès du gouvernement chinois pour que l’artiste retrouve sa liberté de circulation. Selon RFI, la ministre allemande de la Culture, Monika Grütters, a « appelé le gouvernement chinois à accorder enfin à Ai Weiwei la liberté de voyager » la veille de l’inauguration. Le musée Martin Gropius a diffusé une vidéo le jour même dans laquelle Ai Weiwei déclare « espérer toujours venir et pouvoir donner quelques explications » au sujet des œuvres présentées dans cette exposition.

Les premiers pas d’Ai Weiwei au cinéma

Pékin, le 9 avril 2014, Art Media Agency (AMA).

Ai Weiwei va faire ses débuts dans le 7e art avec un film de science-fiction baptisé The Sandstorm. Financé par Kickstarter, il sortira vraisemblablement à l’été 2014.

Réalisé et écrit par l’américain Jason Wishnow, le film est monté comme un court métrage d’une dizaine de minutes. Le décor prend la forme d’un paysage dystopique, où la société souffre de profondes pénuries d’eau potable et d’informations fiables. Le film a été tourné à Pékin en deux semaines environ, avec Christopher Doyle comme directeur de la photographie.

Ce n’est pas la première fois qu’Ai Weiwei s’intéresse à d’autres médias. Son projet heavy métal Dumbass et sa reprise de Gangnam Style l’attestent. Ai Weiwei apparaît souvent dans des rôles autres que son unique posture d’artiste. Des rumeurs annoncent que le film The Sandstorm sera orienté politiquement, mais qu’il sera aussi — selon South China Morning — « un hommage à la science-fiction et au cinéma asiatique ».

Ai Weiwei à la Lisson Gallery

Londres, le 9 avril 2014, Art Media Agency (AMA).

La Lisson Gallery propose du 23 mai au 12 juin 2014 sa troisième exposition consacrée à Ai Weiwei. Elle dévoilera une nouvelle installation monumentale de l’artiste. Elle s’inscrit dans la série en cours Forever, qui consiste en la reprise d’objets domestiques sculptés à la main à l’aide de différents matériaux — le bois, l’inox ou le cristal. La sculpture majeure de l’exposition reprend ainsi son travail sur les vélos.

Certaines sculptures de l’exposition s’inspirent de sa détention — qui a duré 81 jours en 2011 —, mais on y décèle tout d’abord l’influence de Duchamp et du ready-made, qu’Ai Weiwei a découvert durant séjour à New York entre 1983 et 1993.

Toujours bloqué en Chine, l’artiste ne pourra surement pas participer à cette exposition.

Ai Weiwei par Shepard Fairey

Los Angeles, le 21 mars 2014, Art Media Agency (AMA).

Le street artist et graphiste Shepard Fairey, connu pour avoir crée Obey Giant et l’affiche de la campagne de 2008 « HOPE », de Barack Obama,  revient sous les projecteurs. Sa nouvelle égérie, l’artiste et militant chinois Ai Weiwei vient s’inscrire à la liste des personnalités représentées par Fairey, après Jean-Michel Basquiat et Keith Haring (2010).

Le Los Angeles Times rapporte que le portrait orange vif, rouge et noir a été créé en collaboration avec « les Amis d’Ai Weiwei » et est destiné à faire pression sur le gouvernement chinois afin qu’il restitue son passeport à l’artiste.

L’ affiche de Fairey montre Ai Weiwei avec une cicatrice sur le côté du crâne, en référence à une blessure causée par la police chinoise en 2010.

Après avoir été choisi pour concevoir le « Bird’s Nest » Stadium, pièce maîtresse des Jeux olympiques de 2008 à Pékin, Ai Weiwei s’est opposé au gouvernement chinois. Il a passé 81 jours en prison en 2011, soi-disant pour évasion fiscale, provoquant d’importantes réactions internationales. Bien que l’artiste ait depuis été libéré, il lui a été interdit de quitter son pays natal.

Les fonds récoltés grâce à la vente de l’œuvre, éditée à 375 exemplaires, financeront les procédures engagées par « les Amis d’Ai Weiwei » pour aider celui-ci à promouvoir la liberté d’expression.

Ai Weiwei réclame son passeport

Berlin, le 13 mars 2014, Art Media Agency (AMA).

L’artiste dissident Ai Weiwei réclame son passeport aux autorités chinoises à travers une vidéo publiée par le magazine allemand Der Spiegel.

Enregistré dans son atelier près de Pékin, Ai Weiwei tente de faire pression sur les instances chinoises par ce biais. Il faut savoir qu’il ne peut plus sortir du territoire depuis maintenant trois ans. Son passeport lui avait été retiré à la suite de son arrestation et de sa détention de 81 jours pour évasion fiscale en 2011. Le document officiel ne lui a pas été rendu depuis cet épisode.

L’appel transmis par la presse allemande s’inscrit dans le contexte de l’ouverture prochaine de son exposition au Martin-Gropius Bau de Berlin. Elle commence le 3 avril prochain et est intitulée « Evidence ». En outre, un groupe de personnalités diverses, « les Amis de Ai Weiwei », souhaite que la chancelière allemande,Angela Merkel, évoque cet enjeu lors de sa rencontre avec le nouveau président chinois, Xi Jinping, à l’occasion de la tournée européenne de ce dernier.

Une œuvre d’Ai Weiwei dégradée à Miami

Miami, le 19 février 2014, Art Media Agency (AMA).

Dimanche, un artiste implanté à Miami a jeté à terre une des pièces de l’installation Vases colorés d’Ai Weiwei au Perez Art Museum Miami (PAMM), musée art contemporain, alors qu’il visitait l’exposition consacrée à l’artiste.

Maximo Caminero, peintre et sculpteur d’origine dominicaine ayant une certaine réputation sur la scène artistique de Floride, a brisé un des seize vases de l’installation Vases colorés du célèbre artiste dissident chinois, d’une valeur de 1 M$, vieux de 2000 ans. Maximo Caminero a ensuite souligné que son geste était motivé par une réaction de protestation. Selon lui, le PAMM, inauguré récemment, ferait mieux de montrer des artistes locaux et non internationaux tels que Ai Weiwei.

Maximo Caminero aurait reproduit le geste qu’Ai Weiwei effectué sur une série de trois photographies en noir et blanc, se trouvant également dans l’exposition « Ai Weiwei: According to What? » qui se déroule jusqu’au 16 mars au PAMM. Il y jetait aussi un vase ancien.

Ai Weiwei inaugure le Perez Art Museum

Miami, le 6 décembre 2013, Art Media Agency (AMA).

Mercredi dernier, le Perez Art Museum de Miami, réalisé par le cabinet d’architecture suisse Herzog & de Meuron pour un coût de 131 millions de dollars, a ouvert ses portes dans le cadre des festivités organisées pour Art Basel Miami Beach.

C’est l’artiste chinois, Ai Weiwei, qui inaugure la nouvelle institution avec l’exposition « Ai Weiwei: According to What? », visible jusqu’au 16 mars 2014, représentant « la première exposition internationale majeure » de l’œuvre du dissident.

Les commissaires de l’exposition sont Tobias Ostrander, le conservateur en chef du musée, et Mami Kataoka conservateur en chef du Mori Art Museum de Tokyo qui a organisé l’exposition.

Ai Weiwei explore la prison d’Alcatraz

Alcatraz, le 3 décembre 2013, Art Media Agency (AMA).

L’artiste chinois Ai Weiwei utilisera la prison d’Alcatraz comme source d’inspiration et d’exposition pour une nouvelle série d’œuvres. Le projet devrait voir le jour en septembre 2014.

C’est la première fois que l’ancien centre pénitentiaire ouvre ses portes à un artiste contemporain. Selon le New York Times, l’artiste a déclaré par téléphone qu’il n’a jamais visité Alcatraz mais qu’il est intéressé à explorer les conditions dans lesquelles les individus ont été dépouillés de leurs droits fondamentaux « L’idée de la perte de liberté comme une punition soulève des questions philosophiques. […] J’ai beaucoup d’amis qui sont encore aujourd’hui en prison. Le fait que les gens qui se battent pour la liberté ont perdu leur liberté en étant incarcérés est bien plus qu’ironique. »

Pour le projet d’Alcatraz, l’artiste collabore avec Cheryl Haines, propriétaire d’une galerie à San Francisco, qui a créé la fondation For-Site. Le projet consiste à installer des oeuvres d’art dans le bâtiment qui a servi de prison de haute sécurité de 1934 à 1963. Pour le moment, on sait que les œuvres seront composées de sons et de sculptures.

Ai Weiwei a été détenu pendant 81 jours en 2011 suite à des accusations d’évasion fiscale. Les partisans de l’artiste ont déclaré que l’enquête était un prétexte pour faire taire les critiques les plus virulentes du gouvernement chinois. L’artiste de 56 ans est encore soumis à des restrictions de voyage, il affirme : « Mon passeport est entre les mains de la police depuis près de trois ans maintenant […] J’ai perdu ma capacité à voyager. »

La National Portrait Gallery présente la première œuvre du lauréat du John Kobal New Work Award

Londres, le 13 novembre 2013, Art Media Agency (AMA).

Le photographe Matthew Niederhauser, gagnant du Prix John Kobal New Work 2012, a réalisé la première photographie sur commande du prix, exposée à la National Portrait Gallery de Londres jusqu’au 9 février 2014.

Le photographe avait été chargé de produire un portrait d’un modèle lié au secteur du film britannique, après que sa photographie de l’artiste Ai Weiwei a été sélectionnée par les juges en 2012. L’œuvre obtenue montre l’actrice britannique Andrea Riseborough, qui a joué à la fois sur scène, avec la Compagnie Royale de Shakespeare, et dans de nombreuses productions télévisuelles et filmiques.

Matthew Niederhauser a étudié à la Columbia University et à la School of Visual Arts, toutes deux à New York. Il vit à Beijing et travaille comme photographe documentaire pour un certain nombre de publications internationales.

Dessiner sur la lune — le nouveau projet collaboratif d’Ai Weiwei et Olafur Eliasson

Berlin, 12 novembre 2013, Art Media Agency (AMA).

L’artiste chinois Ai Weiwei et son confrère danois d’origine islandaise Olafur Eliasson présentent leur nouveau projet collaboratif : « Moon ».

La plate-forme collaborative en ligne a été lancée le 9 novembre lors de la conférence Falling Walls à Berlin. Les deux artistes participaient à la conférence, Ai Weiwei via vidéo en direct de son studio en Chine, etOlafur  Eliasson sur la scène du Radialsystem.

Ai Weiwei et Olafur Eliasson voyagent sur la lune via le Web et y invitent les citoyens du monde à poster le dessin de leur choix en faveur de la liberté d’expression. Chacun peut s’y inscrire et participer à l’aventure. Ce projet artistique est partagé sur les réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook.

Les deux artistes expliquent « Communiquez avec les autres grâce à cet espace d’imagination. Regardez les dessins des autres et partagez- les avec le monde. Faites partie de la communauté grandissante qui célèbre la façon dont l’expression créative transcende les frontières et les contraintes. Nous sommes dans ce monde ensemble. »

L’art et la censure

Paris, le 26 septembre 2013, Art Media Agency (AMA).

L’art censuré
L’art est souvent compris comme un commentaire, comme une réflexion sur la société. En tant qu’observateurs, les artistes sont capables de nous tendre le miroir de nos actes, de nos croyances et de nos systèmes politiques. Directement versés dans l’esthétique, ils sont aussi en mesure de récuser notre façon de percevoir notre environnement, ou même de remettre en question les certitudes de leurs prédécesseurs.
Présenté à la vue de tous, l’art a la possibilité éventuelle et particulière de polariser et d’offenser. Bien que l’immense succès d’artistes tels que Tracey Emin ou Marina Abramovic puisse suggérer que nous sommes dans une ère audacieuse, celle du discours libre et sans compromis, les artistes continuent à affronter la censure des autorités politiques et religieuses, des protestataires et, parfois, des galeristes eux-mêmes.
La récente interdiction d’œuvres dans des pays comme la Syrie et la Russie rend manifestes les difficultés actuelles rencontrées par des artistes qui, délibérément ou non, produisent des travaux provocateurs. Art Media Agency a étudié l’histoire de la censure et ses retombées continues sur notre rapport à l’art.

Exemples historiques d’œuvres censurées
De nos jours, nombre de travaux considérées comme exemplaires ou exceptionnels ont à l’origine fait l’objet de censure de la part des figures politiques ou religieuses qui jugeaient leur contenu inapproprié ou offensant.
En Italie aux XVe et XVIe siècles, la grande influence du catholicisme a conduit à la condamnation de nombreux artistes accusés d’être des partisans de l’immoralité et de l’impiété. En 1565, sur ordre du pape, Daniele da Volterra, un élève de Michel-Ange, a effectué des retouches sur la fresque de la Chapelle Sixtine, Le Jugement Dernier, ajoutant des pagnes et des voiles aux figures que le maître avait initialement laissées dévêtues. Cette tâche a valu au jeune artiste prometteur le surnom de « Braghettone », autrement dit le faiseur de culottes, une réduction malencontreuse de ses plus larges capacités, qui l’a suivi pendant toute la durée de sa carrière.
Du point de vue des observateurs modernes, l’injonction de l’ancien pape apparaît ridiculement pudibonde, comme l’aveu d’une conscience embarrassée de la nudité, et peut-être de la sexualité, qui sont pourtant éclipsées de loin par le talent, la couleur, à vrai dire par tout autre aspect de l’œuvre. Il semble peu probable qu’aujourd’hui, des visiteurs de la Chapelle Sixtine quittent le vieil édifice avec le sentiment accablant d’avoir été visuellement agressés par un excès de corps nus.

Et pourtant, au cours des années 1600, les fresques de Michel-Ange ont suscité un déferlement de critiques scandalisées de la part des visiteurs, qui y voyaient non point du talent, mais de l’obscénité. À propos de l’œuvre, le poète et satiriste Pierre l’Arétin a écrit :
« Est-il possible que vous, si divin que vous ne daignez fréquenter les hommes, ayez commis un tel acte dans le plus haut temple de Dieu ? Au-dessus du premier autel de Jésus ? Pas même au bordel ne se trouvent des scènes comme la vôtre… »
Quoique le style du satiriste ait sans doute exigé de l’Arétin qu’il exagère son indignation, et en cela la dernière proposition apparaît d’ailleurs comme un aveu non expurgé de son goût prononcé pour les maisons closes, la voix de l’auteur n’était pas pour autant tenue pour isolée. Car sa critique trouve en effet un écho chez le cardinal Biagio da Cesena, qui a décrit la fresque en ces termes : « un ragoût de nus, convenant mieux à des bains publics ou à une boutique de caviste en bordure de route qu’à la chapelle du pape ».

Le choc perpétuel du nu
Des siècles après que les personnages de Michel-Ange ont été habillés de force, la nudité a cependant continué à choquer le public, du fait de nouveaux styles de création et d’approches différentes de la figure perpétuant la vision du corps comme un terrain de lutte.
Commande supposée du diplomate et collectionneur turc Khalil-Bey, L’Origine du Monde de Gustave Courbet, datée de 1866, est devenue l’un des plus fameux exemples de censure au monde. Appartenant originellement à une collection dédiée à la figure féminine, la pièce a attendu 1995 pour être exposée dans une institution publique, date où elle a rejoint la collection permanente du musée d’Orsay à Paris, mais qui n’a pourtant pas signifié la fin de l’agitation autour de la pièce controversée, aujourd’hui encore source d’émoi.

Originellement exposée, pense-t-on, derrière un rideau, la peinture est passée par plusieurs collections privées, son dernier propriétaire individuel étant le psychanalyste Jacques Lacan. Représentant le corps de la femme comme aucun autre peintre « de salon » ne l’avait osé auparavant, L’Origine du monde a acquis le statut de mythe dans les cercles artistiques parisiens du XIXe siècle, ce que paraissent confirmer les paroles de Maxime Du Camp, un contemporain de Courbet, selon lequel l’œuvre représente « le dernier mot du réalisme », un commentaire auquel il ajoute, facétieux, que « l’artisan qui avait copié son modèle d’après nature, avait négligé de représenter les pieds, les jambes, les cuisses, le ventre, les hanches, la poitrine, les mains, les bras, les épaules, le cou et la tête. »

En 1865, un an avant la création de l’œuvre de Courbet, l’Olympia d’Édouard Manet avait tout autant outré Paris, lors de sa présentation au Salon annuel de la ville. La peinture figure une femme nue allongée sur des coussins et draps de lit défait, dans une position déjà observée chez la Vénus d’Urbino peinte par Titien en 1538, ainsi que dans la Vénus endormie de Giorgione datant des années 1510 et chez Francisco de Goya, dans La maja desnuda exécutée entre 1797 et 1800, connue en français sous le nom de Maja nue.
Pour le public scandalisé, qui décrivait l’œuvre comme « immorale » et « vulgaire », ce n’était pas tant la nudité du sujet de Manet qui constituait l’affront, sûrement du fait de la composition classique et conventionnelle, mais plutôt son regard saisissant, résolu, défiant presque le spectateur. Quelques commentateurs ont pourtant loué l’artiste pour son honnêteté, dont Zola qui s’exclame :
« Lorsque nos artistes nous donnent des Vénus, ils corrigent la nature, ils mentent. Édouard Manet s’est demandé pourquoi mentir, pourquoi ne pas dire la vérité ; il nous a fait connaître Olympia, cette fille de nos jours, que vous rencontrez sur les trottoirs ».

La description par Zola du travail de Manet comme « la vérité », s’élevant contre les voix de ses détracteurs qui tenaient l’œuvre pour immorale, résume la relation complexe des observateurs de l’époque vis-à-vis des représentations artistiques de la nudité. En ce temps-là, les corps censurés de Michel-Ange étaient entrés avec aise dans les ouvrages d’histoire de l’art en leur qualité de figures classiques, ou aspirant du moins à le devenir. Une conception « classique » de la nudité en peinture s’était développée, que, sans ambages remettaient en cause l’Olympia de Manet et L’Origine du monde de Courbet, offrant une représentation du corps humain qui reconnaissait sa réalité à travers un pragmatisme offensant.

Censure politique
Tandis que les œuvres figurant la nudité ont provoqué l’indignation pendant des siècles, les ouvrages d’art camouflés ou détruits sous prétexte qu’ils offensaient les personnes au pouvoir laissent supposer un désir de contrôle, non seulement des représentations du corps humain, mais également les idées de tout un groupe.
La censure accompagne souvent des pièces qui contiennent une vérité gênante, réagissant à une injustice politique, à un conflit ou à une éthique, soit les figurant. Dans les régions où les décisions politiques se voient en étroite corrélation avec une propagande contrôlée, les artistes qui tentent de dévier des formes acceptées de la production d’images constituent une menace, celle du danger et de l’inconnu, capables qu’ils sont d’ébranler les forces gouvernantes en révélant des vérités tues.
Peut-être l’un des plus célèbres exemples d’artistes persécutés pour des raisons politiques, le militant chinois Ai Weiwei produit des œuvres qui critiquent de façon univoque la vision de la démocratie et des droits de l’Homme reflétée par son gouvernement d’origine.
En avril 2011, il a été condamné à une détention d’une durée de trois mois, décrit par les médias officiels de l’État comme « déviant et plagiaire », qualificatifs inspirés par des travaux tels que 草泥马挡中央, c’est-à-dire Herbe, Boue, Cheval couvrant le milieu. Dépeignant l’artiste bondissant nu dans les airs, la légende, probablement abstraite ou absurde du point de vue de l’observateur occidental, prend un sens soudain en chinois, où il sonne dangereusement comme 肏你妈党中央, ce qui signifie « nique ta mère, le Comité central du Parti communiste ».

La filiale du China Daily, the Global Times, a publié un éditorial en réaction à l’arrestation de l’artiste le 6 avril 2011, admettant, plutôt que défendant, la nature dangereuse de la production d’Ai Weiwei :
« Ai Weiwei aime faire ce que « les autres n’osent pas faire ». Il a été tout près de franchir la ligne rouge de la loi chinoise. Pour parler objectivement, la société chinoise n’a pas une grande expérience dans la prise en charge de tels individus. Cependant, tant qu’Ai Weiwei continuera d’avancer, il finira nécessairement par toucher la ligne rouge un jour ».
La détention de l’artiste a suscité les protestations du monde entier, à la fois de la part des États-Unis et de l’Union européenne, qui condamnent de manière univoque cette décision. La communauté artistique internationale a entamé « 1001 Chaises pour Ai Weiwei », une série de pétitions qui encourageaient les artistes à apporter des chaises dans les ambassades et les consulats chinois de tous les pays du monde le 17 avril 2011, pour « s’asseoir pacifiquement en faveur de la libération immédiate de l’artiste ».
Une campagne d’art de rue, incluant des slogans tels que « Ai Weiwei libre » et « Qui a peur d’Ai Weiwei », ce dernier suggérant le caractère potentiellement intimidant et menaçant de l’art, a voyagé dans tout Hong Kong et plus loin encore. L’un des plus remarquables fers de lance de la campagne a été la Tate Modern de Londres, dont la tour de verre affiche toujours « Libérez Ai Weiwei » en lettres géantes.
La censure des œuvres d’art politiquement engagées peut paradoxalement augmenter leur audience. Là où l’œuvre est censurée, le corps médiatique peut en premier lieu réagir en attirant davantage l’attention sur les implications pour les droits de l’Homme et le droit à la liberté d’expression. Cette enquête préalable, cependant, insiste fatalement sur ce que les acteurs de la censure souhaitaient à l’origine étouffer, un désir d’effacer ce qui souvent pointe du doigt une vérité significative.
En 1982, le médecin et artiste syrien Kamal al-Labwani a été témoin du massacre de Hama, lors duquel le gouvernement du pays a écrasé le soulèvement des Frères musulmans, un événement qui l’a conduit à s’opposer au gouvernement du parti Baas et à fonder l’Union Démocratique Libérale syrienne. Il a été arrêté en septembre 2001, après avoir assisté à un séminaire politique dans la maison de l’activiste Riad Seif, puis libéré en 2004, période qui lui a permis d’entreprendre un bref voyage aux États-Unis et à travers l’Union européenne, avant d’être à nouveau arrêté au moment de son retour à Damas en 2005.
Les peintures d’Al-Labwani reflètent ses expériences en prison ainsi que les Lois d’Urgence en vigueur en Syrie durant les quarante dernières années, se concentrant donc sur les abus à l’encontre des droits de l’Homme qui affectent les citoyens du pays. Ses travaux ont été exportés au Royaume-Uni, et ont reçu le soutien d’entités telles que « Freedom to Create », qui cherche à promouvoir la créativité comme composante essentielle de l’expression humaine, ainsi que « les sociétés justes et équitables ».
Tandis que les peintures de l’artiste syrien ont tout d’abord tenté de réagir à la situation politique de son pays, l’incarcération d’Al-Labwani a à la fois accru son importance dans les médias internationaux et aggravé la sentence infligée par le gouvernement syrien. En 2009, son cas a été porté à l’attention du Groupe de Travail de l’ONU chargé d’étudier la Détention Arbitraire, l’organisation concluant que le Docteur Labwani « avait été condamné pour l’expression pacifique de ses vues politiques et pour avoir mené des activités politiques », qui sont sous la protection de la loi internationale, et jugeant inique son procès.
En Russie, un torrent de récentes arrestations et d’exemples de censure dans le monde de l’art a paradoxalement accéléré la prise de conscience internationale de l’intolérance des lois du pays, et multiplié les tentatives de la part du gouvernement de contrôler la liberté du discours de ses citoyens. Plus tôt en septembre, la police de Saint-Pétersbourg a été la cible de critiques dans les médias du monde entier lorsque la peinture de Vera Donskaya-Khilko, Wrestling, qui signifie « lutte », figurant les présidents Vladimir Poutine et Barack Obama combattant pour prouver leur virilité, a été retirée et le directeur du musée qui accueillait l’œuvre, détenu vingt-quatre heures durant.

Cet événement rappelle l’arrestation des artistes de performance du groupe Pussy Riot, le collectif basé à Moscou et établi en 2011, qui cherche à promouvoir les droits de la femme en Russie, et qui s’est fortement opposé au régime de Poutine. Dans la période précédant la cinquième Biennale de Mouscou, décrite comme « La semaine de la censure » par Le Journal des Arts, des T-shirts fabriqués par Artem Loskutov et Masha Kiselva, deux membres des Pussy Riot, et qui représentaient le groupe en icônes religieuses, ont été censurés, et les images des œuvres, interdites en ligne. Dans la même semaine, une exposition à la galerie Marat Guelman de Moscou, présentant des photographies des bâtiments détruits de la ville, s’est vue menacée de fermeture par les autorités qui jugeaient le contenu de l’événement offensant.

La censure flexible
Tandis que les occurrences de censure en Syrie, en Russie et en Chine résultent immédiatement du désir du régime politique de museler l’expression artistique, des exemples de censure continuent d’apparaître dans des régions habituellement censées promouvoir activement la liberté de parole.
En 2010, Jeffrey Deitch, directeur du musée d’Art contemporain de Los Angeles ou MoCA, parvenu à la notoriété en montrant, durant une période d’une quinzaine de jours, quelques-unes des plus innovantes et intéressantes pièces d’art contemporain dans la galerie new-yorkaise qui porte son nom, a attiré l’attention après sa décision de censurer un travail à grande échelle, qu’il avait pourtant lui-même commandé, exécuté par l’artiste de rue italien Blu. On avait demandé à ce dernier de produire une œuvre murale à grande échelle pour l’entrée du musée, et celui-ci a exposé son idée d’origine dans un croquis préalable : une immense peinture des cercueils des victimes de guerre drapés, non avec des drapeaux américains mais avec des billets de dollars.
L’artiste a commencé à travailler alors que Jeffrey Deitch assistait à Art Basel et malgré son impopularité croissante auprès du directeur, qui a demandé à Blu de peindre une différente œuvre murale par-dessus les cercueils, un emblème plus susceptible d’inviter les gens à entrer dans le musée. L’artiste a refusé le compromis sur son œuvre, répliquant à Jeffrey Deitch qu’il avait simplement choisi la mauvaise personne pour le travail. L’œuvre a, peu après son achèvement, été blanchie à la chaux, ce que le MoCA a justifié en ces termes : « Le bâtiment de la Geffen Contemporary est situé sur un site spécial et historique. Directement devant le mur nord se trouve le monument Go For Broke, qui commémore le rôle héroïque des soldats américano-japonais, ayant servi en Europe et dans le Pacifique lors de la Seconde Guerre mondiale, et en face du mur se dresse l’Hôpital des Anciens combattants de Los Angeles ».
Profondément impliquée dans le lien entre capitalisme et guerre cependant, et coïncidant avec les guerres controversées menées en Irak et en Afghanistan, la pièce était une critique bien plus évidente des approches du conflit contemporain, plutôt qu’une dévalorisation des actes des vétérans de guerre. L’œuvre, néanmoins, a été recouverte avant que tout débat ou critique n’ait pu naître.
Nous n’avons pas non plus complètement surmonté la capacité à être choqués par la forme nue, même à un âge qui a connu les travaux de Lucian Freud et de Jenny Saville. En 2011, les experts qui ont entrepris la retauration d’une peinture murale représentant un « Arbre de Fertilité » du XIIIe siècle à Massa Marittima en Tocane, ont été accusés de tentative d’assainissement de la pièce en récurant à la brosse les vingt-cinq phallus qui étaient suspendus aux branches de l’arbre. Les restaurateurs ont nié les accusations, prétendant que les zones touchées avaient été retirées du fait des dépôts dommageables de sel et de calcium. D’autres, pourtant, se sont montrés plus sceptiques, surtout après que l’élu municipal Gabriele Galeotti a dit que « de nombreuses parties de l’œuvre semblent avoir été arbitrairement repeintes ».
Pour ceux qui voient l’art comme une forme dédiée à la liberté d’expression, la censure n’est rien tant que problématique. Dans les cas de censure politique, les artistes s’érigent en figures responsables devant la société, et dont la pratique cherche à mettre en lumière et changer la société qu’elle commente. Pour d’autres, la censure peut représenter un moyen de corriger les travaux qui outragent ou qui affichent un mépris déterminé à l’égard des pratiques culturelles acceptées. Il s’agit de l’argument utilisé contre la pièce de Blu pour le MoCA de Los Angeles, argument traduisant souvent la réaction aux pièces polémiques d’artistes comme Jake et Dinos Chapman.
La controverse qu’attire la censure soulève en fin de compte la question du rôle de l’artiste dans la société, et l’idée que celui-ci doit avoir une responsabilité sociale. La censure ouvre à des questions plus vastes à propos du rôle de l’art comme vérité, et concernant les implications problématiques d’une expression restreinte par la force. Au sujet de la nature complexe du problème, le directeur de la Tate Nicholas Serota a déclaré dans une conférence de mai sur la censure :
« Nous pouvons tous sans doute nous accorder sur nombre des principes que nous cherchons à faire respecter. Le plus difficile consiste en réalité à reconnaître qu’il n’y a pas de route facile, qu’il n’y a pas de garanties par et à travers lesquelles nous puissions préserver ce rude combat pour le droit à la liberté d’expression ».
Le fait que l’art soit encore en mesure de provoquer des troubles politiques, de violents débats et protestations, est la preuve de son pouvoir et de sa valeur. C’est aussi la mise en évidence de sa complexité ; inextricablement lié aux notions de liberté, vérité et justice, l’art semble destiné à continuer d’attirer l’attention de ceux qui le préféreraient réduit au silence.

Ai Weiwei s’exprime à propos du « Procès du siècle »

Pékin, le 4 septembre 2013, Art Media Agency (AMA).

L’artiste Ai Weiwei s’est exprimé via écrit un article sur le site Internet de Bloomberg, au sujet du procès de l’ancien politicien Bo Xilai, qu’il présente comme « le Procès du siècle ».

Bo Xilai a été destitué de son poste de chef du Parti à Chongqing en mars 2012, suite à l’incident provoqué par Wang Lijun, maire-adjoint de la ville, brusquement démis de ses fonctions après avoir révélé les détails de l’assassinat du businessman britannique Neil Heywood. Bo Xilai est accusé de « corruption, pot-de-vin et abus de pouvoir ». Son procès est à présent achevé et le verdict devrait être annoncé prochainement, sans que toutefois la date n’ait à ce jour été précisée.

L’article d’Ai Weiwei revient sur la complexité de ce procès, dans un pays qui a par le passé accusé des malfaiteurs d’activités « anti-parti ». L’artiste, connu pour sa position ouvertement opposée au gouvernement chinois, a indiqué que la volonté du pays d’occuper « un rôle plus central dans les affaires internationales » — mettant en avant sa récente croissance économique — a « trouvé » réponse dans les moyens mis en œuvre à l’occasion du procès de Bo Xilai. Selon Ai Weiwei, ce procès démontre les difficultés que rencontre la Chine dans sa tentative de maintenir une « fiction » présentant les forces gouvernementales comme « ouvertes et confiantes », image que les leaders du Parti n’ont jusque là pas réussi à transmettre.

De plus, l’article s’intéresse à la décision des autorités de délivrer une retranscription « live » du procès, que l’artiste dénonce comme étant « clairement censurée ». Il critique également la censure qui est venue frapper les commentaires afférant à ce procès sur le réseau social Weibo — site similaire à Twitter — annonçant que seulement 22 commentaires sur un total estimé de 4.000 ont été autorisés à être publiés.

Ai Weiwei fait un parallèle entre ce procès et son propre emprisonnement par les autorités chinoises. Il conclut son article en disant que, si le gouvernement chinois « continue à rejeter tout rôle public dans ses décisions et espère détourner l’attention des Chinois par le biais de spectacles tels que l’affaire Bo Xilai, le régime ne ferait alors qu’accélérer sa propre fin. L’affaire Bo Xilai sera bientôt terminée, mais le régime est toujours en procès ».

Nouveaux travaux d’Ai Weiwei à Singapour

Singapour, le 2 août 2013, Art Media Agency (AMA).

La galerie Michael Janssen de Singapour propose, du 24 août au 6 octobre 2013, une exposition consacrée à l’artiste chinois Ai Weiwei.

Intitulée « Baby Formula », la manifestation est une référence directe au scandale du lait mélaminé qui a éclaté en Chine en 2008. L’artiste a directement été touché par ce scandale car son fils était alors âgé de quatre ans. Ai Weiwei s’est alors servi de Twitter afin d’interpeller une plus large audience. Les nouvelles œuvres présentées par la galerie sont constituées de deux séries d’impression reprenant ses tweets au sujet de ce scandale sanitaire. Ces impressions sont montrées aux côtés d’une installation de près de 80 m², constituée de plus de 1.800 boîtes de baby formula.

Ai Weiwei est l’un des artistes chinois principaux, et notamment grâce à son travail artistique qui vient questionner les normes socio-politiques.

Quand la copie devient l’original.

Très souvent, l’engouement pour une œuvre d’art résulte de la connaissance du caractère unique et irremplaçable de cette dernière.  Pour les amateurs des galeries et les collectionneurs, l’opportunité de contempler l’unique exemplaire d’une œuvre est perçue comme une expérience privilégiée.  Loin des simples imitations ou reproductions, l’image originale semble incarner la « vérité », en tant que seule version vraie et de grande valeur d’une œuvre.

C’est dans le but de voir cette « vérité » que près de 8,8 millions de visiteurs se rendent chaque année au Louvre, souvent dans le but d’apercevoir la « vraie » version de La Joconde, dont les multiples reproductions se trouvent partout à travers le monde. En effet, avant de pouvoir atteindre l’unique Mona Lisa, les visiteurs doivent affronter des centaines de répliques, visibles aussi bien sur des cartes postales, des sacs et des tabliers vendus dans les boutiques de souvenirs. En vain, seule la vraie peinture, protégée par une vitre pare-balles, trouve grâce à leurs yeux.

Aussi, qu’en est-il de l’édition de l’art ? Les œuvres qui sont reproduites en série et copiées semblent irrémédiablement contourner la notion d’originalité. Elles deviennent immédiatement plus ordinaires, voire même moins remarquables et de fait moins collectionnables. Pourtant, les éditions continuent d’occuper une place importante de l’activité des maisons de ventes internationales. De plus, des galeries et des foires spécialisées dans ce domaine sont apparues, attirant exclusivement des personnes intéressées par un art qui existe déjà partout ailleurs.

Art Media Agency se propose d’examiner l’histoire de l’édition ainsi que son évolution, en inscrivant ce phénomène dans un marché contemporain où la technologie numérique amène le « vrai original » à devenir quelque chose de plus en plus invraisemblable.

Les premières éditions : les impressions.

Les plus anciennes reproductions d’œuvres d’art ont été produites par les imprimeurs de la Renaissance. Souvent cité comme l’une des figures emblématiques de la Renaissance de l’Europe du Nord, Albrecht Dürer (1471 – 1528) a produit des gravures sur bois complexes qui lui ont permis d’asseoir sa réputation en Europe.

Par la suite, Rembrandt (1606 – 1669) va mener ce qui va devenir l’âge d’or flamand, par la production de petites séries d’eaux-fortes et de pointes sèches. À l’inverse des autres artistes imprimeurs, Rembrandt a pour habitude de changer régulièrement ses plaques entre chaque impression, ce qui a pour effet la création de séries très différentes. Conservée au British Museum, la troisième version des Trois Croix (pointe sèche, 1653) présente un Christ mourant entouré d’un foule en deuil. Dans la quatrième version de cette œuvre, l’obscurité a pris la place de cette foule, une décision qui résulte peut-être du fait de la grande fragilité de la technique de la pointe sèche.

Les impressions ont vu leur développement se poursuivre sous l’impulsion de Francisco de Goya y Lucientes (1746 – 1828), qui fut l’un des premiers artistes à produire des œuvres en éditions limitées. En effet, Goya a adapté les premières techniques d’impression pour produire principalement des aquateintes, lui permettant de créer des lavis grâce à l’utilisation d’une résine granuleuse. Aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands maîtres de cet art, Goya n’a pour autant pas rencontré de succès à son époque, et a de fait été contraint de n’éditer que moins de la moitié de ses impressions, échouant même à les vendre.

Goya n’a pas signé et numéroté ses œuvres produites en séries limitées, allant à l’encontre des conventions alors en vigueur qui voulaient que ces œuvres originales produites en séries soit signées et numérotées. Des aquateintes telles que Le sommeil de la raison produit des monstres (O Sonho da Razao Produz Monstros) (1796-1797), ont par la suite rejoint les collections de musées internationaux majeurs, et ont reçu un numéro d’édition. Conservé dans une collection du Metropolitain Museum of Art, les historiens de l’art contemporain désignent Le sommeil de la raison comme « première édition, numéro 43, de la série Les Caprices (Los Caprichos) ».

Parmi les artistes suivants ayant produit des impressions, Camille Pissarro (1830 – 1903), et Hialire-Germain-Edgar Degas (1834 – 1917), membres du mouvement impressionniste, ont fréquemment collaboré avec l’artiste américaine Mary Cassatt (1844 – 1926). Degas se distingue par le développement de son propre jeu d’instruments d’impression, par ailleurs peu orthodoxe, qu’il partage avec Pissarro, encourageant par la même l’artiste à s’éloigner des techniques traditionnelles afin de combiner l’eau-forte, l’aquateinte et la pointe sèche. Il en résulte des travaux tels que Paysage sous bois à l’Hermitage, Pointoise (Pissarro, 1879), dont la sixième édition est conservée au Metropolitain Museum of Art. Par l’utilisation de diverses techniques d’impression, cette œuvre atteint une profondeur dans les tons qui est souvent absente dans ce type de travaux.

D’autres artistes renommés ont eu recours à l’impression. Il en est ainsi de Katsushika Hokusai (1760-1849), qui a produit pas moins de 36 Vues du Mont Fuji entre 1826 et 1833. La technique sera par la suite utilisée pour produire des éditions par Edvard Munch et M.C Escher

Les éditions en sculpture.

Certains médiums se prêtent à une production en série, car la production de l’œuvre repose sur un procédé entièrement duplicable.  Faite de moulages réutilisables, la sculpture, tout comme l’impression, est liée à une longue tradition de reproduction.

À la Renaissance, une forte demande pour la sculpture a conduit plusieurs originaux à être dupliqués dans différentes tailles et matériaux. Ces reproductions ont été facilitées grâce au recours à des moules  permettant une reproduction rapide. Un exemple notable est une statue en marbre (1670) de Marsy, représentant Apollon et Diane, exposée dans les jardins de Versailles. A la mort de l’artiste, plusieurs copies de cette sculpture ont été réalisées en bronze. Bien que non produites par Marsy, ces copies sont aujourd’hui considérées comme des originaux.

Au XIXe siècle, l’apparition d’une bourgeoisie émergente entraîne une demande pour des sculptures de diverses tailles et matériaux, en fonction du succès rencontré par ces dernières lors de leurs expositions dans des salons. De nombreux sculpteurs ont alors commencé à produire des copies de leurs propres travaux. Ainsi, Emmanuel Frémit a développé son activité par la création, à partir de ses œuvres originales, de copies en moulage de sable. De même, le sculpteur Alfred Barye a produit de très nombreuses reproductions de ses travaux en bronze, avant de se rendre compte que la clientèle était réticente à acheter des travaux éditées en trop grand nombre. Il a de fait arrêté ses éditions numérotées en 1847.

Éditions peintes et contemporaines.

La notion « d’édition » en peinture est rarement présente, car il est généralement considéré que l’erreur humaine empêche la reproduction exacte d’une œuvre. Les peintures, par leur nature, sont intrinsèquement uniques.

Pour autant, quelques exceptions à ce principe se doivent d’être mentionnées. Au cours des années 1960, les sérigraphies d’Andy Warhol viennent combler le fossé entre l’exacte reproduction rendue possible par l’imprimerie et la variation produite par la main de l’homme. Marilyn, peut-être sa série la plus connue, se caractérise par dix impressions très différentes. L’artiste a en effet choisi d’exploiter la possibilité offerte par la sérigraphie de reproduire une image originale tout en modifiant les effets peints. À cette même période, Warhol adopte l’art comme un procédé commercial, ouvrant l’atelier Factory Editions, dans le but de produire un très grand nombre d’œuvres imprimées.

Ces dernières années, les travaux de Damien Hirst ont été parmi les exemples les plus remarquables de la peinture produite à la chaîne. En effet, l’artiste a produit 1.365 de ses fameuses « spot paintings », bien qu’il n’en ait réalisé personnellement que cinq. Dans une interview, ce dernier explique « qu’il ne voudrait pas se faire chier à le faire ». Les tableaux sont alors exécutés par son équipe d’assistants, une pratique qui soulève de nombreuses interrogations intéressantes autour de la question de la paternité d’une œuvre. Pour Damien Hirst, « l’art se fait dans votre tête » : c’est la conception, et non l’exécution, qui incarne le procédé créatif.

Plusieurs artistes contemporains font écho de la position développée par Damien Hirst, voire même de ses méthodes, et produisent des séries représentant une préoccupation latente avec une simple idée. La sculpteuse contemporaine Rachel Whiteread (1963 – ) est devenue célèbre grâce à ses moulages d’intérieurs de bâtiments (dont Ghost, 1990, est le premier exemple). Ces derniers sont aujourd’hui connus sous le nom de Negative Spaces. Les éditions les plus récentes de cette série sont Detached 1, Detached 2 et Detached 3 (2013), trois moulages de l’intérieur d’une cabane de jardin, récemment exposés à la Gagosian Gallery de Londres.

Alors que les critiques sur cette exposition ont plutôt été positives, quelques commentaires négatifs ont mis en avant le fait que l’approche en série développée par l’artiste commençait à lasser. Un commentateur explique ainsi que « Ces moulages donnent l’impression d’être des copies de piètre qualité d’une idée autrefois originale, une sorte d’édition limitée destinée à satisfaire les riches collectionneurs de Larry Gagosian ».

L’édition photographique.

L’avènement de la photographie a complètement explosé la définition de la notion « d’édition ». Les négatifs impliquent que les images originales soient infiniment duplicables, alors que les précédentes séries d’impressions deviennent limitées et rares. L’idée d’originalité est une fois encore remise en question par les critiques, qui s’interrogent sur la valeur d’œuvres qui peuvent facilement être reproduites. Dans son essai Camera Lucida, Roland Barthes soutient que la profusion des images les rend inertes. Le contenu de l’image n’est pas à prendre en compte : s’il peut être reproduit, il n’est dès lors plus particulier.

Les séries du photographe contemporain Thomas Ruff, intitulées Portraits, sont venues répondre à cette critique. Produite la première fois en 1986, ces séries présentent des centaines de visages sans expression de la génération de Ruff.  Les sujets de ces portraits ont eu pour consigne de regarder l’appareil photo sans laisser transparaître une quelconque expression. Ruff explique cette démarche par le fait qu’il « ne voulait pas que les spectateurs obtiennent un renseignement sur nous. Ils ne doivent pas être en mesure de savoir ce que nous ressentions à ce moment ». Ici, les éditions de ces séries sont originales, mais aucune n’est particulière : Ruff joue ainsi délibérément avec l’idée que l’originalité doit être une composante intégrale de la valeur de l’œuvre.

Les éditions conceptuelles.

Les éditions existent parfois dans un sens plus abstrait. Il arrive en effet qu’une œuvre devienne une édition au sein d’une série car elle a existé dans le passé et est maintenant répétée. Ceci est particulièrement vrai pour les éditions des performances ou des installations. Une fois reproduite, le sens de ces œuvres ne réside plus seulement dans leur signification propre, mais prend également en compte la réponse d’un public différent au fil des différentes reproductions.

Cette année, il est possible de découvrir à Art Basel la seconde édition du travail de Marina Abramovic, The Airport, recréé pour la première fois depuis 1972. Cette œuvre repose sur des annonces de vols pour des destinations exotiques faites par la voix de l’artiste qui se trouve amplifiée par haut-parleur. The Airport a été réalisée pour la première fois à Belgrade en 1972, où elle servait de souvenirs doux-amers à un monde exotique et non exploré, hors des frontières de la Yougoslavie alors communiste. Dans sa « réincarnation » à Art Basel, l’œuvre est inchangée mais se confronte à de nouvelles idées, telles que la mondialisation et le lien entre le voyage, le luxe et la liberté.

La Biennale de Venise accueille, quant à elle, la seconde édition de l’œuvre d’Ai Weiwei. Intitulée Straight, cette réalisation est composée de 38 tons de barres d’acier récoltées suite au tremblement de terre qui a eu lieu en 2008 dans la province du Sichuan. L’installation a été exposée pour la première fois en 2012, en réponse à l’échec du gouvernement chinois pour renforcer les lois sur l’urbanisme. En effet, il a été prouvé que le nombre de morts dû au tremblement de terre résultait de la mauvaise qualité du travail exécuté lors de la construction des bâtiments. Pour sa seconde présentation, l’œuvre met en lumière l’échec renouvelé du gouvernement chinois pour agir, et se veut comme un avertissement fait au public pour ne pas oublier la provenance de ces barres d’acier.

La controverse entourant les éditions.

Dans les séries présentant plus éditions, il peut être difficile de distinguer l’original des futures contrefaçons. Ce phénomène se trouve particulièrement exacerbé en présence d’impressions, où il peut être difficile de faire la différence entre des impressions et des reproductions photographique des impressions. Ceci a conduit à l’apparition de nombreux spécialistes dans ce domaine, dont le travail est de vérifier l’authenticité des œuvres. Ce travail se révèle d’autant plus nécessaire quand les impressions ne sont pas numérotées ou sont anonymes.

Des controverses sont fréquemment survenues au sujet des éditions produites après le décès de l’artiste. À ce titre, les aquateintes de Goya sont un exemple probant. Produites grâce à l’utilisation d’une technique qui abîme très rapidement les plaques d’impression, les œuvres originales de l’artiste ont été produites en éditions limitées. Cependant, les plaques ont survécu après le décès de Goya, et plusieurs éditions posthumes ont ainsi été éditées. Ces travaux présentent une qualité d’image très inférieure, et sont généralement bien moins recherchés. Désormais, les plaques de ces dernières impressions sont souvent « annulées » par la commission de dégradations. De fait, les collectionneurs et les investisseurs attendent de cette pratique une hausse de la valeur des impressions qu’ils ont achetées préalablement.

Récemment, une controverse a vu le jour suite à la décision du Dan Flavin Estate de revoir sa position quant au bannissement de la production des sculptures lumineuses posthumes. En effet, il va désormais être possible de produire les œuvres qui n’ont pas été réalisées avant la mort de l’artiste en 1996. Flavin a fréquemment produit ses œuvres par série de trois ou cinq, bien qu’il attendait que la première édition soit vendue avant d’en faire une autre version, ceci dans le but d’éviter une production inutile et des coûts de stockage. Ainsi, 1.000 œuvres non réalisées existent sous la forme de dessins et de copies d’exposition. Si ces dernières venaient être produites maintenant, elles pourraient représenter plusieurs millions de dollars.

Le marché de l’édition.

Le marché de l’édition comporte plusieurs experts renommés qui permettent la promotion des éditions à travers des expositions, des ventes aux enchères et des foires d’art. L’International Fine Print Dealers Association (IFPDA) permet de réunir au sein d’une même entité les éléments suivants : un organisme à but non lucratif qui regroupe les marchands d’art principaux, des galeries et des éditeurs qui ont tous une expérience en matière d’impression. L’organisation définit sa mission comme « la promotion d’une meilleure reconnaissance de l’art des impressions parmi les collectionneurs et le grand public ».

Le site de l’IFPDA donne une liste de toutes les ventes et expositions principales concernant les impressions. De plus, l’IFDPA organise chaque année une foire consacrée à l’impression. Réunissant les meilleures impressions de plusieurs périodes de l’histoire de l’art, la prochaine édition de la foire aura lieu en novembre 2013. D’autres foires sont par ailleurs dédiées à cette technique artistique, dont « Editions 2013 », qui se déroule à New York entre mai et juillet chaque année, et qui concentre son attention sur les livres imprimés.

Plusieurs galeries ont leur activité exclusivement tournée sur l’exposition et la vente d’impressions. La plus importante de ces galeries est la CCA galleries, créée en 1972 sous le nom de Christie’s Contemporary Art. Parmi les marchands d’art spécialisés en la matière, citons notamment James Cohan (New York) et Alan Cristea (Londres), les plus grands éditeurs d’impressions et d’éditions contemporaines en Europe.

Le marché des ventes aux enchères.

Les éditions représentent une place importante dans le calendrier des ventes aux enchères organisées par Bonhams, Sotheby’s, Christie’s et Phillips. En effet, chacune de ces quatre maisons de ventes principales ont des départements spécialisés dédiés à cette technique. Ainsi, chez Bonhams, les départements des impressions de Londres et de New York consacrent annuellement quatre ventes à ce médium. En 2010, une œuvre d’Edvard Munch, Madonna, a été adjugée à 1.252.000 £ par cette maison de ventes.

Les ventes d’impressions sont organisées par Sotheby’s Londres en mars et septembre, et ont lieu en avril et octobre à New York. Le montant total des ventes pour ce type d’œuvres a atteint la somme de 188.6 millions de dollars (dont 141$M ont été récoltés lors de la vente Beaux-Arts de mi-saison).

La dernière vente organisée par Christie’s et consacrées aux impressions et multiples a eu lieu à New York entre le 30 avril et le 1er mai 2013, et 91 % des lots ont été vendus, pour un montant de 7.853.954 €. Le lot phare de la vente était une série complète de dix sérigraphies en couleur d’Andy Warhol, Campbell’s Soup I, réalisée en 1968. Estimée entre 300.000 et 500.000 $, cette série a été adjugée pour 411.750 $ (312.930 €).

Quant aux éditions numériques, la facilité avec laquelle les œuvres peuvent être reproduites représente un véritable challenge, ce qui a pour conséquence des méthodes de vente et de collection qui sont toujours à un stade expérimental. Le site S[edition] essaye de rendre le marché des éditions numériques attractif pour les collectionneurs, en permettant aux éventuels acheteurs de télécharger les œuvres allant de Bill Viola aux courts-métrages de Julian Isaac à partir de n’importe quel appareil équipé d’une connexion Internet. Les prix de ces œuvres varient entre 5 et 500 £.

Les éditions représentent donc toujours une part significative du marché. Pour les collectionneurs, ces dernières sont l’opportunité d’avoir accès à une partie de marché plus accessible. En effet, les éditions sont souvent moins chères et, dans le cas d’artistes produisant des installations et des performances, des petites impressions offrent aux acheteurs la possibilité d’investir dans un artiste dont les autres œuvres sont de l’apanage des musées et galeries. Pour d’autres, l’idée de constituer une série complète présente un attrait non négligeable.

Il est assez facile pour les critiques de soutenir que les artistes qui produisent des éditions le font car ils n’ont pas suffisamment d’originalité. Quelques acheteurs, tout comme certains critiques, peuvent avoir l’impression que le nombre d’éditions peut avoir une influence négative en terme de valeur. Ces derniers pensent que la valeur de l’œuvre réside dans l’œuvre elle-même mais dans sa rareté. Chaque impression d’une œuvre permet d’avoir un aperçu important et inestimable concernant l’évolution artistique et technique de l’artiste.

 

Ouverture de la nouvelle exposition d’Ai Weiwei à la Biennale de Venise

Venise, le 29 mai 2013, Art Media Agency (AMA)

Intitulée S.A.C.R.E.D, la nouvelle œuvre dévoilée par Ai Weiwei présente six dioramas qui reconstituent des scènes de la détention illégale de l’artiste d’une durée de 81 jours en 2011, pendant laquelle il était enfermé dans une prison secrète en Chine et surveillé par une unité paramilitaire.

Contenu dans des boites de fer pesant 2,5 tonnes, l’œuvre dépeint un Ai Weiwei à l’échelle un demi, s’adonnant à ses activités quotidiennes sous le regard de deux gardes en uniformes verts. Discutant de cette œuvre depuis sa maison à Pékin, Ai Weiwei dit que son intention était de donner aux gens une compréhension claire des conditions de détention durant cette période, qu’il considère être la plus difficile de sa vie. L’œuvre est installée dans une église de San Antonin à Venise, faisant partie du projet Zuecca, et sera visible pendant la durée de la Biennale. Elle a été construite en Chine par l’artiste, avec l’aide d’un sculpteur et d’une équipe d’environ treize personnes, avant d’être envoyée vers son emplacement actuel.

Un second espace du projet Zuecca présente Straight, une nouvelle édition d’une œuvre originale créée par Ai Weiwei en 2008, en réponse au tremblement de terre du Sichuan. Combinant de longues barres d’acier provenant des écoles effondrées, l’œuvre critique les mauvaises méthodes de construction qui ont contribué aux décès durant le désastre. Straight et S.A.C.R.E.D forment collectivement une unique exposition d’œuvres d’Ai Weiwei, intitulée « Disposition»

Le travail d’Ai Weiwei et aussi présent cette année dans une exposition collective proposée sur le Pavillon Allemand ; créée en 2013, Bang présente 800 tabourets en bois, créant une structure que l’artiste décrit comme « monstrueuse » et «complètement dysfonctionnelle. » L’exposition est visible dans le Pavillon Français et symbolise la reconnaissance des liens qui unissent ces deux pays. C’est la première apparition d’Ai Weiwei à la Biennale, depuis 1999.

Ai Weiwei, Sarkozy, Cameron et Merkel

Pékin, le 29 avril 2013, Art Media Agency (AMA).

À l’occasion de la visite officielle du président français François Hollande en Chine, le journal Libération livre des détails sur l’affaire Ai Weiwei.

En 2011 l’artiste défendant les libertés et prônant une société chinoise plus démocratique avait été arrêté. Le quotidien français révèle que sa libération fut le résultat de l’intervention conjuguée du président français de l’époque Nicolas Sarkozy, du Premier ministre britannique David Cameron et de la chancelière allemande Angela Merkel. Une source proche du gouvernement français a en effet confié à Libération que « cette intervention avait jusqu’alors été tenue secrète, mais on peut désormais la rendre publique».

Le discours d’Ai Weiwei jugé provocateur et subversif avait poussé Pékin à mettre la pression sur l’artiste. Il avait été interpellé en avril 2011 à l’aéroport alors qu’il était sur le point de quitter le pays. Après 81 jours de détention, probablement dans des conditions difficiles, l’artiste avait été libéré. Mais cette liberté s’accompagna d’une amende record de 1,7 millions d’euros infligée sous prétexte d’irrégularités fiscales. Il lui est depuis interdit de quitter le territoire.

Rétrospective d’Ai Weiwei à Indianapolis

Indianapolis, le 2 avril 2013, Art Media Agency (AMA).

Du 5 avril 2013 au 21 juillet 2013 l’Indianapolis Museum of Art présente la première grande rétrospective en Amérique du Nord consacrée à Ai Weiwei.

Intitulée « Ai Weiwei: According to What? » la manifestation revient sur les vingt ans de carrière de l’artiste durant lesquelles il a créé des œuvres explorant des thèmes universels tels que la culture, l’histoire, la politique et les traditions.

Ai Weiwei est l’un des artistes chinois contemporains les plus prolifiques et les plus provocants. Tout au long de sa carrière, il a lié l’art, la société et l’expérience individuelle. Cette exposition rétrospective présente de la sculpture, de la photographie, de la vidéo et des installations in situ.

« Ai Weiwei: According to What? » a été montée par le Mori Art Museum en collaboration avec l’artiste et présentée pour la première fois à Tokyo en 2009. L’exposition a été complétée pour sa tournée américaine et présente plus de travaux récents.

Ai Weiwei sur le devant de la scène

Paris, le 13 mars 2013; Art Media Agency (AMA).

Il est partout. Non content d’être à la fois sculpteur-performer-photographe-architecte-curateur-blogueur, l’artiste dissident Ai Weiwei — mondialement célèbre pour ses déboires avec le gouvernement chinois — va également devenir hard-rockeur.

Selon l’AFP, son album au titre provisoire Divine Comédie, devrait voir le jour d’ici deux mois. Bien qu’il déclare « Je ne joue pas d’instrument. Je chante et j’ai écrit les textes des chansons », il pourra compter sur une sérieuse « fanbase » pour promouvoir cet album, quelle qu’en soit la réalisation. Ainsi que l’analyse The Guardian, les régimes oppressifs tels que la Chine s’accommodent mal de l’esprit transgressif véhiculé par le hard rock. D’où le choix, une fois de plus provocateur, de l’artiste.

En 2011, l’artiste avait été détenu sans inculpation pendant plus de deux mois. Plus tard, il a été accusé d’évasion fiscale et s’était vu imposer une amende de près de deux millions d’euros, qu’il a payée partiellement grâce aux dons de ses fans.

Ai Weiwei sur scène à Londres

Londres, le 26 février 2013, Art Media Agency (AMA).

L’histoire de l’arrestation et de la détention de l’artiste chinois Ai Weiwei sera mise en scène à Londres au cours du printemps 2013.

#aiww : The Arrest of Ai Weiwei (#aiww : L’arrestation d’Ai Weiwei), écrit par Howard Brenton, est basé sur les conversations de Barnaby Martin avec l’artiste, après sa libération en 2011. « J’ai passé de nombreuses journées à parler à Ai Weiwei de ses expériences en prison, son art et son activisme, ses théories sur l’art, la réalité et l’individu, et son point de vue sur l’avenir de la Chine. Ai Weiwei est un raconteur naturel. Malgré le fait qu’il était profondément traumatisé par son expérience à l’intérieur, il est revenu sur ses expériences de détention et a retracé l’histoire la plus incroyable et bizarre que je n’ai entendue dans ma vie, dans un anglais inimitable » a expliqué Barnaby Martin.

Le titre de la pièce de théâtre fait référence à la prolifération d’Ai Weiwei sur Twitter, où il compte plus de 200 000 abonnés. La pièce de théâtre, officiellement décrite comme étant « à la fois surréelle, hilarante et terrifiante », sera mise en scène au Hampstead Theatre. L’avant-première est fixée au 11 avril 2013.

Ai Weiwei, né le 18 mai 1957, est célèbre pour avoir ouvertement critiqué le gouvernement communiste de la Chine. En 2011, il a été détenu sans inculpation pendant plus de deux mois. Plus tard, il a été accusé d’évasion fiscale et s’était vu imposer une amende de 15 M de yens (2,4 M$), qu’il a payée partiellement grâce aux dons de ses fans.

Ce que révèle le livre Weiwei-isms

Paris, le 20 février 2013, Art Media Agency (AMA).

« On voit beaucoup d’œuvres d’art qui reflètent superficiellement des conditions sociales, mais très peu qui s’intéressent aux valeurs fondamentales. »

L’artiste dissident Ai Weiwei est sans doute l’artiste plus politisé de la scène contemporaine. Né chinois, il ne veut pas envisager de quitter son pays en dépit de son gouvernement répressif et des idéaux communistes et contradictoires qui l’accompagnent. Lui ne craint plus le gouvernement : il a été battu, emprisonné 81 jours par les autorités, mais le peuple chinois, si. Ai Weiwei s’est donc fait la voix du peuple. Il parle pour lui : sans cesser d’être ni un artiste ni un citoyen, son art n’est pas seulement une échappatoire, mais aussi un moyen d’exprimer ce qui doit être dit sans peur des conséquences.

Weiwei-isms, livre édité par Larry Warsh, est une compilation de citations simples et profondes d’Ai Weiwei sur la vie, l’art et la politique. Il utilise les médias sociaux (tels que Twitter), les interviews et les articles pour exprimer sa pensée et éveiller les consciences dans le monde entier. Le livre, reprenant nombre de ses idées, s’organise autour de six sections : « Sur la liberté d’expression », « Sur l’art et l’activisme », « Sur le gouvernement, le pouvoir et les choix moraux », « Sur le monde digital », « Sur l’histoire, le moment historique et le futur » et « Réflexions personnelles ».

Nous en livrons quelques-uns, en désordre, car ils manifestent tous également la force du message. « Je ne quitterai jamais la Chine, à moins d’y être forcé. Car la Chine est à moi. Je ne laisserai pas ce qui m’appartient aux mains de gens indignes de confiance. »

« Ils m’ont emprisonné durant 81 jours, mais ils ne m’ont pas tué. Ils m’ont dit comme ça : “Si c’était la Révolution culturelle, tu serais mort cent fois. Nous nous améliorons.” J’ai dit : “Je vous remercie. Oui, vous vous améliorez. Pas parce que vous le désirez vraiment, mais tout simplement parce que vous n’avez pas le choix.” »

« Pas même une parcelle de cette terre ne t’appartient et pourtant la moindre parcelle pourrait t’emprisonner. »

Simple, et pourtant profond, politique, artistique, puissant, direct, sensible, sans merci, chacun de ses mots est une définition de son art et en même temps un jugement sans appel sur la politique et le gouvernement de la Chine, qui l’enchaînent, lui et son peuple. Il estime intolérable que le gouvernement affiche un visage souriant au monde, tout en réprimant, interdisant et inquiétant par derrière. Le point est atteint où si une personne tape « Ai Weiwei » sur son ordinateur, la phrase entière est annulée, étape irrationnelle qui interdit toute liberté d’expression. Quand un artiste tel que lui s’exprime, son art devient instantanément politique, car il juge et crie la vérité. Voilà ce que ses mots révèlent, la vérité de son art, de son pays, de ce qu’il espère et de son expérience, de ce qu’il croit juste et injuste, et de ce qu’il attend. D’après le New York Times, il a récemment confié voir une réelle amélioration et espère voir la démocratie en Chine d’ici 2020.